La nation au banc d’essai
Toujours est-il que le projet gouvernemental d’accueil de la main-d’œuvre étrangère a suscité un débat vigoureux sur l’avenir de la politique migratoire de l’Archipel. Le Japon deviendra-t-il un pays favorable à l’immigration ? Est-ce vraiment souhaitable ?
Certains analystes et commentateurs ont qualifié de rétrograde la politique actuelle du Japon, en prenant comme référence les démocraties industrielles occidentales et la présence relativement réduite des résidents nés à l’étranger au sein de la population japonaise (environ 3 % du total). Les gens qui formulent ces critiques soutiennent, sans fondement, que l’accueil des immigrants est un attribut de base des sociétés avancées et suggèrent, à tort, que l’augmentation du nombre des immigrants améliore et renforce une nation.
Le débat sur la migration et l’immigration relève exclusivement de la politique intérieure et du choix des électeurs. Bien sûr, il n’est pas acceptable de fermer les yeux sur la discrimination ou les préjugés à l’encontre des étrangers ou des personnes d’origine étrangère. Mais il est tout simplement faux de proclamer que les pays accueillant davantage d’immigrants sont plus paisibles ou plus stables.
James Hollifield a affirmé que le XXe et le XXIe siècles ont vu l’émergence de l’ « état migratoire », dans lequel la gestion des migrations est devenue un élément stratégique essentiel des politiques nationales. Alors que les forces économiques poussent à l’ouverture, observe-t-il, les gouvernements s’efforcent de trouver un équilibre entre, d’un côté, ces considérations et, de l’autre, les préoccupations liées à la sécurité et les oppositions internes dues à des facteurs politiques et sociaux.
Le Japon, comme n’importe quel autre pays, doit évaluer les avantages et les dangers de l’ouverture de sa politique migratoire à la lumière de ses propres besoins et de la situation qui est la sienne.
Il est certain qu’un afflux de travailleurs étrangers renforcera notre compétitivité et agira comme un aiguillon. On peut supposer que les programmes publics d’enseignement de la langue japonaise à l’étranger et autres dispositifs conçus pour attirer les talents améliorent la façon dont le Japon est perçu dans le monde. Une augmentation de la composante étrangère de la population pourrait en outre avoir des effets bénéfiques en termes de tolérance des différences individuelles et de respect des droits de l’homme, avec les améliorations qui en résulteraient pour les conditions de vie tant des éléments vulnérables et marginalisés de la population autochtone que des résidents étrangers.
Ceci dit, l’histoire nous enseigne que les vagues d’immigration déclenchent des conflits entre nouveaux venus et groupes établis, comme on a pu le constater non seulement en Europe mais aussi dans des pays comme les États-Unis et l’Australie, qui se définissent eux-mêmes comme des « nations d’immigrants ». Le Japon doit soupeser les avantages et les inconvénients d’une politique plus ouverte, et prendre une décision fondée, non pas sur le message véhiculé par les médias étrangers, mais sur ses intérêts nationaux. Nous ne sommes pas engagés dans une course à l’immigration avec les démocraties industrielles occidentales.
