L’anglais ne suffit pas

On pourrait faire valoir qu’un site en langue anglaise devrait être suffisant si l’information est orientée vers les élites. Je ne suis pourtant pas d’accord. Le fait est que les informations fournies en anglais ne sont pas universellement accessibles aux leaders d’opinion et aux décideurs dans les pays non anglophones. Les « internationalistes » peuvent être fiers de leur maîtrise de l’anglais, mais il existe de nombreux dirigeants puissants dans les pays du monde entier – le Japon n’étant qu’un exemple – qui ne peuvent pas lire des informations qui ne soient pas dans leur langue maternelle.

Cela vaut également pour les journalistes. Si l’on souhaite atteindre des journalistes et des commentateurs couvrant la politique intérieure (pas seulement des journalistes dans les sections internationales et en langues étrangères), il y a de nombreux arguments à faire valoir pour la publication d’informations dans la langue maternelle du pays cible. Plus fondamentalement, l’information dans une langue maternelle est tout simplement plus facile et plus rapide à absorber, quel que soit son niveau d’éducation ou d’expertise. C’est, je crois, la raison pour laquelle la Corée du Nord et l’Iran se donnent la peine de traduire leurs sites Web d’actualités en tant de langues différentes.

Bien sûr, le Japon n’est pas un pays isolé au niveau international comme la Corée du Nord ou l’Iran. Mais cela ne signifie pas qu’il peut se permettre de négliger la communication publique comme outil de relations extérieures. Au contraire, je vois un besoin urgent pour le Japon de renforcer sa capacité à communiquer clairement et de manière cohérente avec le monde, afin de faire avancer ses intérêts stratégiques au milieu des dures réalités des affaires internationales contemporaines.

L’approche actuelle du gouvernement japonais en matière de communication publique mondiale manque d’unité et d’objectif stratégique. Au lieu d’un portail unique, le gouvernement a des sites Web officiels distincts pour le Premier ministre et son cabinet, le ministère des Affaires étrangères, le ministère de la Défense, etc. La plupart de ces agences ont également des pages en anglais qui traduisent une partie des informations du site Web japonais, mais il n’y a pas de coordination ou de supervision du gouvernement central. En ce qui concerne la communication avec la communauté internationale, un message cohérent et unifié est essentiel.

Les gouvernements d’Iran et de Corée du Nord utilisent Pars Today et Naenara pour transmettre leurs positions officielles. De même, il est généralement possible de glaner la position du gouvernement sur diverses questions dans People's Daily en Chine et Sputnik en Russie. Il me semble que le Japon bénéficierait également d’un portail Internet qui tiendrait compte de la position du gouvernement tout en fournissant des informations multiformes sur un large éventail de sujets. Il va sans dire que des fonds publics seraient nécessaires pour soutenir la traduction, l’édition et l’administration du site Web multilingues.

Je crois que les communications publiques mondiales ciblant les leaders d’opinion au sein du gouvernement et des médias joueront un rôle de plus en plus important dans la politique internationale au cours des prochaines années. Le gouvernement japonais doit faire un meilleur usage de la technologie numérique d’aujourd’hui pour unifier, clarifier et amplifier les messages qu’il souhaite envoyer au reste du monde.

(Photo de titre : captures d’écran des sites Pars Today, à gauche, et Naenara)