L’importance de la stabilité dans le bassin Indo-Pacifique

Dans la région Indo-Pacifique, les trois premières économies du monde – États-Unis, Chine et Japon – et l’Inde, qui enregistrent une remarquable croissance, vont probablement continuer de jouer un rôle primordial en tant que moteurs de l’économie mondiale après la pandémie.

Le rôle du Japon en tant que nation maritime est crucial pour la paix et la sécurité dans la région. Dans la phase d’élaboration de sa nouvelle stratégie de sécurité, fondée sur la situation mondiale telle que nous l’avons décrite, il est important qu’il prenne en considération les points suivants.

Redéfinir l’alliance entre le Japon et les États-Unis

Le Japon a grandement bénéficié de l’effet dissuasif de son alliance avec les États-Unis et, en cette ère d’antagonisme et de rivalité systémique entre les États-Unis et la Chine, il est exclu qu’il choisisse de s’aligner sur la Chine. Le déclin de la puissance américaine n’est que relatif, et il n’y a donc aucune raison de laisser tomber Washington. L’alliance entre le Japon et les États-Unis doit être réaffirmée en tant que pilier central de la sécurité du Japon. La traiter à la légère en se focalisant exclusivement sur la transformation rapide de l’ordre international ne pourrait produire que des regrets.

Toutefois, le rôle de l’alliance à l’ère post-pandémique d’intensification de la concurrence entre les États-Unis et la Chine reste à définir. Cette nouvelle définition devra inclure une formulation précise et détaillée des modalités de la coopération entre le Japon et les États-Unis dans le domaine de la sécurité. Quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle américaine, il importe que le Japon prenne l’initiative de renforcer l’alliance et de s’engager fermement aux côtés des États-Unis.

Multiplicité des menaces

La pandémie constitue un aspect négatif de la mondialisation, et le problème posé par la vulnérabilité dans le cyberespace devient lui aussi de plus en plus sérieux. La menace que les questions sortant de l’ordinaire représente pour la sécurité des États et des citoyens est en train de s’aggraver. Dans le même temps, ces questions servent de véhicule à l’escalade des menaces géopolitiques usuelles.

Sachant que l’environnement international aborde une transformation qualitative qui pourrait déboucher sur une révision fondamentale des questions de sécurité, le risque d’une focalisation excessive sur l’agenda des questions sortant de l’ordinaire et d’une lecture erronée des tendances plus générales n’est pas exclu. La région Indo-Pacifique est davantage emblématique d’une « société internationale » d’États souverains que d’une « société mondiale » sans frontières, et l’antagonisme qui règne depuis longtemps entre les nations reste le principal problème de sécurité. Il ne suffit pas d’admettre la nécessité d’aborder la pandémie sous l’angle de la sécurité pour que les menaces usuelles disparaissent. Il existe une limite aux ressources humaines et financières et, à mesure que s’accroît la pression en ce domaine, il devient de plus en plus important d’accorder la priorité aux mesures de sécurité et à l’efficacité de leur application.

De nouvelles façons de coopérer

La coopération médicale et sanitaire, vue dans le contexte de la coopération pour la sécurité et la défense, couplée au renforcement des moyens de lutte contre les armes biologiques et chimiques, s’est avérée utile dans le cadre des efforts concertés en vue de contenir la pandémie. Alors que les limitations imposées à la circulation des personnes font désormais entrave à ce genre d’efforts, les mesures de lutte contre le Covid-19 offrent une opportunité de renforcer la coopération dans le domaine de la sécurité. Depuis le mois d’avril, le ministre japonais de la défense, qui s’est entretenu au téléphone et par vidéoconférence avec ses homologues d’un certain nombre d’autres pays, a donné son accord pour que les autorités chargées de la défense partagent les connaissances acquises à l’occasion de la lutte contre le coronavirus.

Il convient de multiplier ce genre d’initiatives en vue d’obtenir des résultats substantiels et de faire progresser la coopération pour la sécurité dans d’autres domaines.

(Photo de titre : des marines américains effectuent un exercice dans la Zone de manœuvre Hijûdai des Forces terrestres d’autodéfense, préfecture d’Ôita, le 14 février 2020. Avec l’aimable autorisation de Ôita Gôdô News Company/Kyodo News)