Les innovations génèrent de nouvelles traditions
En Chine, dans les grottes de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, il existe d’anciennes peintures murales où sont représentés des gens en train de danser et de jouer d’un instrument qui ressemble au tambour tsuzumi. Touché par ce lien karmique, Ôkura a joué en 2016 avec le maître chinois du pipa Zhan Hongyan à l’occasion de L’aurore des terres de l’Ouest, un événement en collaboration qui s’est tenu à la fois à Pékin et à Tokyo pour célébrer les 45 années de paix et de concorde que les deux pays venaient de traverser.
Cette remarquable production, inspirée à Ôkura par sa rencontre avec les anciennes peintures murales, était une expérimentation à travers laquelle il entendait créer une nouvelle histoire des arts du spectacle allant au-delà de l’espace et le temps et, par la même occasion, ressusciter les arts perdus de jadis. Le jeu de l’ôtsuzumi et du pipa, qui redonnait vie à la musique et à la danse extatiques des célébrants des anciens rituels, a été hautement apprécié en Chine comme au Japon.

« Je suis en permanence à la recherche d’opportunités de développer ma créativité », dit Ôkura. « Je pense qu’il existe un pouvoir qui échappe à notre contrôle et qui, lorsque le temps est mûr, nous apporte exactement ce dont nous avons besoin au moment précis où nous en avons besoin. Il y a des instants dans la vie où surgit soudain une rencontre qui semble nous avoir été apportée par le destin. »
C’est la quête de ces moments privilégiés qui amène Ôkura à participer à de nombreux événements transculturels. Ses apparitions sur scène avec le légendaire artiste sud-coréen Kim Dae-hwan et le fabricant et joueur de flûte américain Robert Mirabal, qui incarnent la mystérieuse énergie du monde de la nature, ont constitué des expériences bouleversantes qui ont subjugué le public.
Depuis qu’il a créé son propre style de jeu de l’ôtsuzumi en solo, Ôkura est de plus en plus sollicité à travers le monde entier pour se produire seul ou participer à des concerts mariant les genres sur des scènes de renommée internationale. Ses rencontres avec les mondes de la musique classique, du jazz et du ballet moderne l’ont amené à pénétrer des domaines jusque-là inexplorés – non seulement en tant que musicien mais aussi en tant que créateur d’événements artistiques uniques en leur genre.
Avant de mourir, Kim Dae-hwan a déclaré : « Ôkura est mon successeur artistique, et il ouvrira de nouveaux chemins pour les arts du spectacle. » Aujourd’hui encore, Ôkura est invité chaque année à participer au concert annuel donné en Corée du Sud pour commémorer l’anniversaire du grand artiste. Il a aussi noué de solides liens d’amitié avec Ivry Gitlis, grand maître du violon classique, qui a dit à propos d’Ôkura « il est pour moi comme un fils bien aimé ». Ces liens qui transcendent les frontières et les genres témoignent du génie d’Ôkura en tant que créateur et artiste expressif.
La première mondiale de l’œuvre d’Ôkura Gendai Nô : Deep Japan (Nô contemporain : le Japon profond) a déclenché un tonnerre d’applaudissements en 2008 à la Salle Garnier de l’Opéra de Monaco.
