Respiration et posture

La première chose que Michiko enseigne aux débutants, ce n’est pas la façon d’utiliser les ustensiles, mais comment respirer et se tenir. « Je les fais se mettre debout, les pieds un peu écartés, et, la main sur leur bas-ventre, je vérifie qu’ils respirent correctement. Ensuite, toujours dans la même position, ils lèvent les bras à hauteur d’épaule, comme s’ils embrassaient le tronc d’un gros arbre, non pas avec leurs muscles mais jusqu’à ce qu’ils prennent conscience de l’énergie qui émane de ce point dans leur bas-ventre. On s’y entraîne pendant plusieurs mois. » Grâce à cette technique de respiration, les étrangers peu habitués à s’asseoir sur leurs talons arrivent à tenir longtemps dans cette position, sans en souffrir.

« Dans le thé, l’essentiel étant la communication spirituelle entre l’hôte et ses invités, il est indispensable d’être apaisé et relaxé. Il est extrêmement difficile de parvenir à tout accorder, la posture, la respiration et les gestes. Si on pense trop à la marche à suivre, on ne respire plus correctement. L’objectif de l’apprentissage de la cérémonie du thé est de devenir capable de garder son calme en toutes circonstances ; la spiritualité du thé, c’est de façonner une atmosphère apaisante, quoi qu’il arrive. »

Cérémonie du thé et paix spirituelle

Andrea Falla, un disciple de Michiko, en train de préparer du thé fort

Le jour de ce reportage, Andrea Falla était là ; ce banquier est l’un de ceux qui ont été séduits par l’enseignement de Michiko. « On a tendance à se perdre de vue dans un quotidien bien occupé, mais préparer du thé dans le calme permet de se recentrer sur soi. La paix avec laquelle je renoue ici, j’essaie de la maintenir le plus longtemps possible hors du pavillon de thé. »

Michiko est péremptoire : « Apprendre à des Européens le seul enchaînement des gestes pour préparer le thé n’est rien de plus qu’un jeu exotique. Cela ne fonctionne pas dans la durée. Mes élèves italiens, belges, suisses, autrichiens ou roumains viennent ici pour trouver la paix spirituelle, apprendre la respiration et la méditation zen, la communication spirituelle qui s’établit entre celui qui prépare le thé et celui qui le boit. Cela me réjouit. »

Michiko a longuement réfléchi à ce qui, dans la cérémonie du thé, relevait d’une spécificité japonaise et de ce qui était universel ; sa conclusion est que « l’apaisement et l’ouverture spirituelle » sont communs à tous. Sans doute a-t-elle dû surmonter de nombreuses difficultés pour transmettre l’esprit du sadô à des Européens issus d’une tradition, d’une religion et d’une culture différentes. Mais c’est précisément parce qu’elle a appris l’italien, l’anglais et le français, et qu’elle s’est imprégnée de l’histoire et des us et coutumes des pays d’Europe, que de nombreux disciples locaux viennent aujourd’hui encore étudier auprès d’elle.

Le jour où nous l’avons rencontrée, Michiko a passé deux heures à galoper dans la prairie sur son cheval préféré. Le lendemain, elle partait pour un entraînement de groupe en Irlande, à l’invitation de Winfried Bastian et sa femme, le premier couple à qui elle a donné des cours en Allemagne. Ils se sont installés en Irlande, où ils ont construit eux-mêmes une maison et un pavillon de thé. L’esprit du thé instillé par Michiko en Europe est bien vivant.

À gauche : Michiko et Winfried Bastian, son disciple depuis près de 40 ans, à cheval en Irlande. À droite : cérémonie du thé dans le pavillon que Winfried Bastian a entièrement construit de ses mains, mis à part les tatamis. (Photos fournies par Nojiri Michiko)
(D’après un texte original en japonais de Kawakatsu Miki. Photos : Mirai Pulvirenti, sauf mention contraire)