Des écrits secrets partagés sur internet

«Kaden dai roku kashû », annoté à l’encre rouge

MATSUOKA  Vous avez pris une décision marquante en publiant sur internet ces manuscrits secrets. Pourquoi avoir fait ce choix ?

KANZE Parce qu’il me semblait intéressant que ces écrits soient davantage connus. Je souhaitais que les chercheurs et le public les lisent, que de nouvelles découvertes soient faites, sous des angles variés. Les textes sont abondamment annotés à l’encre rouge, mais on ne sait ni par qui, ni pourquoi. C’est une question extrêmement intéressante.

MATSUOKA  Ouvrir plus largement l’univers du nôgaku est important pour continuer à en préserver les traditions.

KANZE  C’est un art tellement ancien qui nous a été légué par nos ancêtres, que je pense qu’on peut le considérer comme un patrimoine commun à l’humanité entière. En ce sens, rendre ces écrits publics est le devoir du chef de la famille Kanze, au XXIe siècle.

En 2009, Kanze Saburôta (à gauche) et Kanze Kiyokazu jouent ensemble « Tan-go monogurui » au temple Chionji à Miyazu, préfecture de Kyôto.

MATSUOKA  Il ne suffit pas de protéger la tradition, il faut aussi parfois passer à l’attaque.

KANZE  L’un des rôles du chef de l’école est de faire découvrir au Japon et à l’étranger la beauté du nôgaku, d’attirer le plus grand nombre possible de spectateurs dans les salles de nô. Et, par-delà les spectateurs, l’objectif est aussi d’amener plus de personnes à pratiquer le nô. Parce que pour maintenir la tradition, nous avons besoin de davantage de spectateurs, bien sûr, mais aussi d’acteurs. En particulier, je place mes espoirs dans la jeune génération. L’action que j’entreprends aujourd’hui, j’espère que Saburôta la poursuivra à son tour. A l’heure actuelle, il est plus intéressé par le basket-ball que par le nô, mais enfin… (rires).

(Photographies et collaboration à la rédaction : Kanze-kai. Photographies des portraits : Ôkubo Keizô. Vidéo : Ôtani Kiyohide, nippon.com)

(*1) ^ Kan’ami (1333-1384) est le fondateur de l’école Kanze. Il a renouvelé le genre du sarugaku, l’élevant au rang de nôgaku. Connu pour son jeu et son chant, il est aussi un écrivain renommé de pièces de nô. L’année 2013 marque le 680e anniversaire de sa naissance.

(*2) ^ Zeami (1363-1443) est le fils aîné de Kan’ami. En 1399, à la mort de Kan’ami, il devient à 22 ans le 2e chef de la famille Kanze. Aux fondements dramaturgiques établis par son père, il ajoute de magnifiques danses et chansons, qui transfigurent le théâtre sarugaku en théâtre nô, avec une esthétique de la suggestion éminemment psychologique. Excellent acteur, Zeami était aussi un dramaturge prolifique, auteur d’une cinquantaine de pièces, et un penseur de l’esthétique japonaise, décrite dans ses nombreux traités théoriques. 2013 marque le 650e anniversaire de sa naissance.

(*3) ^ Traité théorique de nôgaku rédigé par Zeami, héritier de la pensée de Kan’ami. Recueil connu sous le titre de Kadensho. Longtemps resté secret, ce texte a été découvert et publié à l’ère Meiji.