Les marchés du livre à Tokyo
Le Kosho Kaikan tient trois salles dans la métropole : Tokyo, Seibu et Nanbu, où les membres de l’Association peuvent échanger des livres. À Tokyo Kosho Kaikan, près de Jinbôchô, une variété d’événements sont organisés pour le commerce de livres japonais ou étrangers, y compris ceux axés sur des sous-cultures comme le manga.
« Il y a aussi un marché destiné au grand public qui a lieu presque chaque semaine du vendredi au samedi, explique Sakota. Les clients réguliers font la queue devant la salle une heure avant le début des ventes. »
Et chaque année, d’importants marchés se tiennent dans le quartier de Jinbôchô, au printemps et en automne. Les rues sont particulièrement animées pendant le Festival du livre d’occasion de Kanda, d’octobre à novembre. Environ un million de livres sont exhibés sur les étals le long des trottoirs de Yasukuni-dôri.
L’attrait pour les vieux ouvrages
Après avoir terminé ses études secondaires, Sakota a travaillé dans la célèbre librairie Isseidô. En 1987, il décide d’ouvrir sa propre boutique, Keyaki Shoten, spécialisée dans la littérature moderne.
« J’aime les écrivains du mouvement Buraiha (L’école décadente), donc au début, je collectionnais principalement des auteurs comme Dazai Osamu, Sakaguchi Ango et Oda Sakunosuke », dit-il. « Maintenant, je prends aussi des commandes en ligne, mais je valorise toujours les ventes par catalogue, que j’avais étudiées chez Isseidô. »
Les catalogues de livres sont envoyés à des collectionneurs, des universités et d’autres passionnés, et contiennent des informations sur les auteurs, les éditeurs, les prix, le contenu, parfois accompagnées de photographies. Cette méthode de vente existe depuis plus d’un siècle, et bien que de plus en plus de magasins se tournent vers le commerce en ligne, seule une minorité continue de produire des catalogues. Malgré le temps et l’argent que cela nécessite, Sakota n’a pas l’intention d’abandonner cette pratique, affirmant qu’il y a des clients qui attendent avec impatience son prochain catalogue trimestriel. « Je ne pourrais pas le faire si je n’aimais pas les livres », déclare-t-il.
Mais qu’est-ce que Sakota trouve si plaisant dans le fait de diriger une librairie de livres d’occasion ? « Il y a toujours de nouvelles découvertes. Par exemple, une première édition pourrait avoir, pour une raison quelconque, des pages de garde dans une couleur différente des autres. Dans ce cas, j’imagine que cela pouvait probablement être dû à une pénurie ayant conduit à l’utilisation précipitée d’un autre type de papier. Ce genre de livres irréguliers est particulièrement apprécié des collectionneurs.
Et puis il y a le plaisir de ne jamais savoir sur quoi on va tomber ensuite. Une fois, j’ai obtenu un livre signé par Dazai (et qu’il avait envoyé directement à sa sœur), mais celui qui m’a vraiment plu était un manuscrit de Ango appelé Hakuchi (traduit par George Saito sous le titre « L’Idiot »). Mais même quand je brûle d’envie d’obtenir quelque chose, je ne résiste pas non plus au plaisir de le vendre. Je trouve toujours un acheteur.
Lorsque les librairies de livres d’occasion rivalisent sur un marché, un livre peut se vendre pour des millions ou des dizaines de millions de yens, mais les plus rares et les plus précieux n’apparaissent presque jamais dans les catalogues ou sur les marchés. Si un collectionneur décède, ou si pour une raison quelconque les livres sont mis en vente, ils passent à un autre passionné par l’intermédiaire d’un libraire avec lequel ils étaient en bons termes. Pour conclure de bons contrats, il faut fidéliser de bons clients. »
Faire face à l’avenir
En ce qui concerne l’avenir de l’industrie, Sakota déclare ceci : « Certains magasins ferment leurs portes, mais de jeunes personnes font également leurs débuts. Nous ne voyons donc pas de déclin rapide pour les librairies de livres d’occasion, contrairement à celui observé pour les magasins vendant des livres neufs.
Autrefois, il fallait un magasin physique pour obtenir le permis permettant de vendre des biens d’occasion, mais aujourd’hui, il est possible de faire des affaires en ligne seul, ce qui facilite le démarrage pour les jeunes. L’association organise occasionnellement des séminaires sur l’ouverture de librairies de livres d’occasion, et ils sont systématiquement complets. Il faut des connaissances spécialisées pour se lancer sur le marché des livres d’occasion, mais il est désormais possible d’acquérir ces connaissances en ligne. Si la motivation est là, vous pouvez apprendre par vous-même tout ce que vous avez besoin de savoir. »
Ces dernières années, de nouveaux types de commerces ont vu le jour, tels que des combinaisons entre café et magasin dans lesquelles groupes et individus peuvent louer des étagères pour vendre des livres. Sakota est favorable à ces initiatives. « Je pense qu’il est bien que les gens choisissent les approches qui leur conviennent. Il n’y a rien de mal à évoluer avec son temps. Sans changement, l’industrie du livre d’occasion n’aurait pas d’avenir. »
(Article rédigé par Itakura Kimie, de Nippon.com. Photo de titre : Jinbôchô en octobre 2022, au festival du livre d’occasion de Kanda qui se tenait pour la première fois en trois ans suite à la pandémie. Jiji)

