Des sourires sur les visages des écoliers afghans

Pour arriver jusqu’en Afghanistan, les cartables doivent transiter par voie de terre depuis le Pakistan. « Les camions passent par des zones dangereuses et rien ne garantit qu’ils arriveront à bon port », explique Uchibori Takeshi. « Je suis donc d’autant plus heureux quand je vois la joie que provoque les randoseru chez les enfants. » La grande majorité des écoliers que le photographe a rencontrés n’avaient pas de cartable ni de cahier, et ils se rendaient chaque jour à l’école les mains vides. Dans les communautés où les établissements scolaires ont été détruits, les cours ont lieu en plein air et les cartables servent aussi de pupitre.

Des écoliers afghans rassemblés autour d’un petit tableau noir suivent un cours en plein air, à l’emplacement où se trouvait leur école avant qu’elle ne soit détruite au cours des hostilités. (Photo : Uchibori Takeshi, 2011)

Les réactions des écoliers afghans devant leurs cadeaux sont gravées à jamais dans la mémoire de M. Uchibori. Il se souvient en particulier d’une petite fille en train de dévorer des yeux et d’examiner sous toutes ses facettes le crayon à section hexagonale orné d’un personnage de dessin animé qu’on venait de lui offrir.

Il se rappelle aussi des cris de joie qui ont salué l’arrivée d’un ballon de football japonais recyclé. « Tu as vu comme il rebondit. C’est incroyable ! »  En interrogeant les enfants, le photographe a compris que jusque-là, la majorité d’entre eux n’avaient jamais vu un vrai ballon de près. « Dans ce pays, on manque tellement de tout qu’il peut y avoir des gens qui n’ont jamais touché un ballon de leur vie », précise-t-il.

Enfants afghans avec un cartable japonais recyclé qu’on vient de leur remettre. (Photo : Uchibori Takeshi, 2011)
Jeunes afghans en train de jouer avec un ballon de football recyclé en provenance du Japon ((Photo : Uchibori Takeshi, novembre 2007).

Une expérience enrichissante pour les petits donateurs japonais

Le projet de recyclage des cartables japonais a été conçu au début des années 2000 par Yamamoto Keiichi, cadre supérieur de Kuraray, une firme qui produit notamment le cuir synthétique entrant dans la fabrication des randoseru. À l’époque, M. Yamamoto était responsable du marketing du secteur des fibres et des textiles et il cherchait à engager son entreprise dans l’action sociale. Il a fini par porter son choix sur les cartables, qui jouent un si grand rôle dans l’éducation primaire au Japon. Ainsi est née l’idée de recycler les randoseru usagés en les offrant à des écoliers de pays défavorisés. Mais Kuraray ne disposait ni du réseau ni des compétences nécessaires pour faire parvenir les cartables aux enfants qui en avaient besoin. L’entreprise japonaise a résolu le problème par le biais d’un partenariat avec la JOICFP, une organisation non-gouvernementale internationale basée au Japon et spécialisée dans la protection maternelle et infantile. C’est grâce à elle et au réseau dont elle dispose que le rêve de Yamamoto Keiichi a pu prendre forme, notamment en Afghanistan.

Les enfants d’une école de la province de Nangarhâr, dans l’est de l’Afghanistan, manifestent leur joie après avoir reçu un cartable japonais. (Photo : Uchibori Takeshi, octobre 2011)

La plupart des randoseru envoyés en Afghanistan sont accompagnés d’une lettre et d’une photographie de leur petit donateur. « Mieux vaut que les messages arrivent tels qu’ils ont été écrits par les enfants. Une lettre manuscrite transmet forcément les sentiments de son auteur, même si elle est rédigée dans une langue que son destinataire ne peut pas comprendre », explique Kai Wakako qui travaille pour la JOICFP.

Pour les jeunes donateurs de l’Archipel, le programme randoseru est une expérience enrichissante que le photographe Uchibori Takeshi s’efforce de faire partager à davantage d’enfants en présentant les photos de son album Randoseru wa umi o koete dans des établissements primaires, un peu partout à travers le Japon. Il demande toujours aux écoliers de lui dire quelles sont leurs photos préférées et d’expliquer leur choix. C’est ainsi qu’il a entendu un enfant en pleurs lui déclarer « À partir de maintenant, je ne vais plus laisser une miette de mon déjeuner à la cantine », après avoir appris que de nombreux petits réfugiés afghans souffraient de famine.

Kai Wakako pense que pour les enfants japonais, donner leur cartable à un écolier vivant dans un pays aussi lointain que l’Afghanistan peut constituer le point de départ d’une prise de conscience sociale et d’une ouverture sur le monde. Une partie de ceux qui ont vécu cette expérience se sont d’ailleurs manifestés des années plus tard, une fois devenus adultes, en se portant volontaires pour inspecter et emballer des cartables usagés. D’autres ont participé à des projets organisés par la JOICFP quand ils sont entrés à l’université.