Les joies du ramadan

17 h 30. M. Abushiba prend le chemin du retour un peu plus tôt que ses collègues. En chemin, il achète de la menthe fraîche pour le thé à la menthe d’après dîner, et arrive chez lui environ 30 minutes avant le coucher du soleil. Son épouse Hadeel est très occupée à la cuisine, mais le magnifique repas est déjà disposé et occupe toute la surface de la table. M. Abushiba change son costume cravate pour un vêtement traditionnel très ample, entièrement blanc, pendant que la soupe réchauffe. Quand elle est servie dans les assiettes, c’est prêt !

19 h 00. L’adhan (l’appel à la prière) résonne sur son smartphone pour signaler que le soleil est dorénavant couché. Dans son pays d’origine, l’adhan s’entend, où que l’on soit. Mais ici, c’est une application spéciale qui fait le travail.

Autour du repas de l’iftar

Après environ 16 heures et demi de jeûne, M. Abushiba commence par s’humecter la gorge avec un jus d’orange. Puis il mange une datte. Hadeel a préparé le repas de l’iftar, mais ne pouvant pas goûter ses plats pour respecter le jeûne, elle ne sait pas si elle a mis assez ou trop de sel. « C’est parfait », la félicite son époux, avant d’inviter chacun à se servir avec le sourire.

Hadeel, l’épouse d’Abushiba Bakuru

« Les quatre ramadan successifs que j’ai passé à Aomori, chez des gens qui n’avaient aucune connaissance du jeûne, ont été assez solitaires », se souvient M. Abushiba. Heureusement, à Tokyo où il a déménagé après être engagé chez Toshiba, il a trouvé de nombreux coreligionnaires avec qui faire la fête en prenant l’iftar ensemble. Et cela va sans dire que depuis son mariage il y a trois ans, le plaisir de la rupture du jeûne n’en est bien sûr que plus grand.

Sa femme Hadeel se réjouit du ramadan : « Je suis heureuse parce que mon époux rentre à la maison plus tôt que d’habitude. » La culture soudanaise privilégie la vie familiale par rapport au travail, aussi a-t-elle du mal à voir son mari tellement accaparé par son travail, explique-t-elle en riant. Lors de son premier ramadan au Japon, il y a trois ans, elle ne parlait pas encore la langue. S’occuper des achats, préparer le repas et attendre son époux étaient les seules choses qu’elle pouvait faire, et elle s’était sentie assez triste. Mais maintenant, elle raconte qu’ils se sont fait de nombreux amis. Ils participent à l’iftar de la communauté des Soudanais et des Égyptiens de Tokyo, ils invitent des amis chez eux, ou sont invités à leur tour. Le ramadan n’est qu’une suite de bonheurs.

Rêve d’avenir

C’est parce que son emploi à Toshiba lui plaît, qu’il a envie de continuer sa carrière chez cet employeur et de vivre au Japon dans l’avenir, que M. Abushiba a demandé à prendre la nationalité japonaise. Son supérieur dit de lui : « ses connaissances en langue japonaise sont supérieures aux Japonais eux-mêmes ! » Malgré tout, M. Abushiba pense qu’il a besoin d’approfondir sa compréhension de la mentalité et du style de vie des Japonais. Et s’il est actuellement chargé de la zone des pays d’Asie du Sud-Est, son rêve est de devenir un jour responsable du bureau de Toshiba au Moyen-Orient, afin de jouer un rôle dans la recherche d’un équilibre entre la façon japonaise de travailler et la connaissance de la culture et de la religion du Moyen-Orient. Il continuera en tout cas à s’adonner d’arrache-pied au développement des échanges et des relations d’affaires entre le Japon et les pays islamiques.

(Reportage et photos de Nippon.com)