Une trajectoire semée d’obstacles

« Au début, j’ai eu du mal à prendre du poids parce que je n’étais pas habitué à la nourriture japonaise », avoue Sôkokurai. « Je n’arrivais même pas à terminer mon bol. Il fallait parfois que je me force à avaler. Mais aujourd’hui j’adore la cuisine japonaise, même le nattô (pâte de haricots de soja fermentés) ! »

En dépit des difficultés qu’il a rencontrées, Sôkokurai évoque cette période avec une certaine nostalgie. À l’époque, l’écurie Arashio n’existait pas depuis longtemps et, à un moment donné, elle ne comptait qu’un seul autre rikishi en dehors de Sôkokurai. Les deux lutteurs devaient donc se rendre souvent dans d’autres écuries pour trouver des adversaires avec qui s’entraîner. Le jeune chinois a en outre souffert d’un ulcère du duodénum pendant un certain temps, ce qui l’a fait régresser dans le classement. Sôkokurai n’en a pas moins continué à s’entraîner sous la direction attentive du patron de son écurie et il a ainsi continué à progresser et à s’élever dans la hiérarchie du sumo.

En 2011, Sôkokurai a été brutalement victime d’un coup très dur. Il a en effet été accusé d’être impliqué dans un scandale de combats truqués. Tant et si bien qu’au mois d’avril, il a été suspendu par l’Association japonaise de sumo. Mais le lutteur chinois, qui n’a jamais cessé de clamer son innocence, ne s’est pas laissé faire. Avec l’aide, entre autres, du patron de son écurie, il a contesté la validité de la décision de la NSK et porté l’affaire devant les tribunaux. Et en mars 2013, il a finalement obtenu gain de cause et a été réintégré par l’Association japonaise de sumo avec le rang qui était le sien au moment de son exclusion.

« Ça a été une épreuve terrible », raconte Sôkokurai. « Une absence de deux ans, pour un rikishi c’est un coup mortel. Après mon retour, j’ai accumulé les défaites et je suis retombé en jûryô».

Mais Sôkokurai n’a pas abandonné pour autant. Et il est plein de reconnaissance pour tous ceux qui au Japon comme en Chine lui ont apporté leur soutien.

Apprendre avec le corps, par la pratique

Sôkokurai vit depuis une dizaine d’années au Japon et il parle vraiment bien la langue de son pays d’adoption. Quand on le félicite, il attribue modestement ses progrès en japonais à la façon dont il a dû s’investir dans le sumo. « Le monde du sumo est très dur. Il est impossible d’y survivre si on ne retient pas tout ce qu’on vous y enseigne, jour après jour. On ne mémorise pas ce qu’on apprend avec un stylo et du papier mais avec le corps, par la pratique quotidienne. » Le lutteur chinois, soucieux de partager son expérience de l’apprentissage du japonais avec les autres, a même donné une conférence sur le sujet à la prestigieuse Université Waseda de Tokyo.

Il y a quatre ans, Sôkokurai a épousé une Chinoise de Chifeng, son village natal de Mongolie intérieure. Après le grand tournoi de sumo du mois de mai 2014, le jeune couple a fait un séjour dans son pays d’origine pour y rendre visite à sa famille. Mais le premier lutteur chinois à avoir accédé à la makuuchi ne s’est pas attardé et il est bien vite rentré au Japon pour se remettre au travail avec encore plus d’ardeur. 

Sôkokurai prend la pose au centre de l’aire circulaire dohyô de la salle d’entraînement de son écurie.

(D’après un texte original en japonais. Avec tous nos remerciements à l’écurie Arashio et à l’Association japonaise de sumo. Photos : Kodera Kei)