Apprendre à accepter les personnes qui ne comprennent pas

La scène du coming-out est le moment fort de la première partie du film. Puis la caméra suit Kaede dans sa vie quotidienne, la décrivant sous divers angles : répétant pour un défilé, sur scène lors d’un concours de beauté, en conférence sur le thème des LGBT, travaillant en tant que conseillère… Dans sa vie professionnelle, Kaede est pleine d’énergie et d’assurance, bien différente de sa maladresse devant son père. Parallèlement, Sugioka Taiki, le réalisateur, est retourné seul voir le père de Kaede pour approfondir la question de la relation du père et du fils. Il essaie de l’interviewer en lui montrant des images de Kaede en train de parler.

Haruna Ai (à gauche) a été la gagnante de Miss International Queen en 2009. Elle a donné à Kaede quelques conseils sur la façon de vivre dans l’avenir. Nishimura Kôdô (au centre) est maquilleur LGBT. Il a présente Steven Haynes à Kaede. Nishihara Satsuki (à droite) dirige Otome Juku, une organisation qui soutient les hommes qui veulent devenir des femmes. Elle a enseigné à Kaede le maquillage et d'autres compétences. ©2021 Musuko no mama de, joshi ni naru / You decide
Haruna Ai (à gauche) a été la gagnante de Miss International Queen en 2009. Elle a donné à Kaede quelques conseils sur la façon de vivre dans l’avenir. Nishimura Kôdô (au centre) est maquilleur LGBT. Il a présente Steven Haynes à Kaede. Nishihara Satsuki (à droite) dirige Otome Juku, une organisation qui soutient les hommes qui veulent devenir des femmes. Elle a enseigné à Kaede le maquillage et d’autres compétences. ©2021 Musuko no mama de, joshi ni naru / You decide

Le sens littéral du titre original du film « Devenir une femme quand on restera toujours un fils », reflète ce sentiment du père. Kaede a eu des réticences.

« Franchement, au début, je détestais ce titre (rires). Je le trouvais trompeur. Comme si je me considérais moi-même comme un fils, tout en essayant de devenir une femme, bref, pas du tout comme en réalité. Puis, peu à peu, j’ai fini par comprendre que ce titre pouvait aider les personnes qui avaient vu le film à comprendre la réalité de la situation. Maintenant, je le déteste moins. Mon père et moi ne regardons pas dans la même direction, cela ne veut pas dire que l’un de nous a tort. Chacun de nous pense avoir raison, et nos opinions sont en désaccord. Je pense que c’est très représentatif de la réalité du monde, en fait. »

Pendant la Rainbow Pride ©2021 Musuko no mama de, joshi ni naru / You decide
Pendant la Rainbow Pride ©2021 Musuko no mama de, joshi ni naru / You decide

Depuis qu’elle communique en tant que personne transgenre, Sari Kaede se demande souvent si les gens qui lui disent « Je vous comprends » ne le disent pas seulement pour faire une phrase, sans la comprendre vraiment. Et inversement, on sent une réelle fierté pour son père qui fait face à la caméra sans manières, et reste sur ses positions, fidèle à lui-même et à son identité d’authentique « gars de Kyûshû » : Quand il ne comprend pas, il ne comprend pas, et il ne dit.

« J’ai l’impression que nous sommes en train d’évoluer vers une société où il devient inacceptable de ne pas comprendre les personnes LGBT, et je ne me sens pas très à l’aise avec ça. La notion de diversité doit inclure les personnes qui ne comprennent pas. On considère que ceux qui ne comprennent pas les LGBT sont des intolérants qui s’excluent de la société de la diversité, mais au contraire, ces gens-là, comme mon père, en sont une des composantes ! »

©2021 Musuko no mama de, joshi ni naru / You decide
©2021 Musuko no mama de, joshi ni naru / You decide

La vie commence après le coming-out

Kaede répond aux questions du réalisateur et livre sans fard ses réflexions sur l’apparence, le genre, les normes de l’état-civil, la prise d’hormones et la décision de se faire faire des injections. Elle révèle qu’elle porte sur elle un certificat médical mentionnant un trouble de l’identité sexuel, au cas où on lui demanderait par exemple de prouver sa légitimité à utiliser les toilettes publiques pour femmes. En revanche, quand on l’interroge sur son passé, sa vie amoureuse ou sa sexualité, elle a tendance à esquiver le sujet.

« Je ne veux pas parler de l’époque où j’étais un garçon, je veux effacer mes souvenirs, c’est instinctif. Ma vie n’a commencé qu’à compter de mon coming-out, dans une certaine mesure. Je ne veux pas parler des brimades parce que j’étais efféminé, ni de mon enfance difficile. Le fait que je m’en suis sortie peut être une source d’inspiration pour certaines personnes, mais mon but n’est pas d’inspirer les gens. Mon orientation sexuelle est certainement accrocheuse et je sais que cela intéresse certains, mais je ne vois aucune raison d’en parler. »

L’objectif visé dans sa décision de parler d’elle en public est très clair dans sa tête, et la réaction la plus positive qu’elle a reçu des spectateurs du film est celle de ceux qui ont le même souci qu’elle et pour qui le film a été source de courage pour faire quelque chose, de se dire qu’elles n’étaient pas seules.

« Quand j’ai fait mon coming-out, mes parents se sont surtout inquiétés de savoir si après avoir changé de sexe je pourrais correceement terminer mes études universitaires, si je pourrais trouver du travail. Et les personnes qui feront leur coming-out dans l’avenir se trouveront confrontées aux mêmes réactions. Mais en ayant connaissance d’un précédent, l’avenir est plus facile à imaginer. Pas seulement celles qui vont faire leur coming-out, celles qui vont l’écouter et le recevoir, ce coming-out, elles aussi sont concernées. Parents, enseignants, cadres d’entreprise, je pense que ce film est une source d’information importantes pour eux aussi. »

(Photos d’interview : Hanai Tomoko. Kaede a été coiffée et maquillée par TAYA)

©2021 Musuko no mama de, joshi ni naru / You decide
©2021 Musuko no mama de, joshi ni naru / You decide

Le film

  • Réalisation : Sugioka Taiki
  • Producteur exécutif : Steven Haynes
  • Année : 2021
  • Durée : 106 minutes
  • Site officiel : www.youdecide.jp/

Bande-annonce