Sa décision de réaliser un documentaire
Avant qu’il ne soit désigné comme « Monument du désastre », il avait été suggéré de démolir le bâtiment. Ses plus fervents défenseurs avaient alors été les anciens élèves du collège et du lycée au moment de la catastrophe. Satô en faisait d’ailleurs partie.
« Bien sûr nous comprenions que la bâtisse pouvait faire ressurgir d’horribles souvenirs pour certains. Mais nous voulions qu’ils la laissent telle quelle. Quand nous avons compris qu’elle allait être démolie si personne ne disait rien, nous avons demandé à des bénévoles de s’exprimer librement à ce sujet. »
Une réunion publique à eu lieu le jour du vote concernant l’avenir de l’ancienne école. Jusqu’au dernier moment, la majorité était en faveur de sa démolition, mais la volonté des anciens étudiants à réussit à faire basculer l’opinion à la dernière minute.
On peut apercevoir cette scène dans le film de fin d’études de Satô, Anata no hitomi ni hanasetara, qui est projeté en même temps que Haru o kasanete. Dans ce documentaire, Satô décrit la région d’Ôkawa d’aujourd’hui, et parle de ses propres émotions dans des lettres adressées à sa sœur défunte.
« Au départ je ne voulais pas faire de documentaire, admet-elle, cela me paraissait trop difficile à surmonter. Aussi, comme j’ai été filmé de nombreuses fois, je savais à quel point le fardeau serait lourd pour les autres personnes. Avec la fiction, personne n’a à faire de sacrifice. Mais ma décision vient surtout du fait qu’un documentaire, je pouvais le réaliser seule. J’ai rejoint mes camarades en cours de route après mon année sabbatique, et la plupart des groupes de travail étaient déjà formés. Je ne voulais pas interférer avec leurs projets. »
Lors de la préparation de son film, elle a réfléchi à des aspects qu’elle n’avait pas pu montrer dans son précédent projet. Elle s’est demandée en particulier si elle pouvait explorer la situation complexe de l’école primaire d'Ōkawa dans les années qui ont suivi la catastrophe.
« Anata no hitomi ni hanasetara n’est pas uniquement un message aux défunts », souligne Satô, en revenant sur le procès intenté en 2014 par les familles de certains des élèves disparus contre les gouvernements d’Ishinomaki et de Miyagi. « Lors du procès, les proches des victimes qui étaient plaignants ont été accusés de calomnie. Il y avait même des résidents locaux qui les diffamaient. Le tribunal devrait être un lieu de recherche de la vérité, j’ai été particulièrement attristée par les critiques qui étaient soit aveugles, soit volontairement ignorantes. Mon film s’adresse à eux également. Peut-être même qu’il est né de mon ressentiment. »
Surpasser ses hésitations envers la projection
C’est en mars 2021, dix ans après la catastrophe, que les deux réalisations de Satô ont été projetées pour la première fois dans une petite salle d’Ishinomaki. Suite à cela, elle n’a pas eu l’opportunité de réitirer l’expérience, en partie à cause de l’épidémie de Covid-19.
« J’ai dû faire face à de l’opposition au moment de projeter mes films. J’ai même songé à les mettre de côté. Je n’avais pas spécialement confiance en leur qualité, et de par leur sujet sensible, j’avais peur de l’opinion des spectateurs et je ne voulais pas blesser les locaux. C’était une période difficile pour moi. Je me suis dévouée corps et âme pour ces projets, les mettre de côté, c’était comme dénier une partie de moi. »`
À partir de 2022, elle a commencé à avoir des demandes de projection à travers le Japon. Une projection au centre communautaire d’Ôkawa, construit après le tremblement de terre, a même attiré plus de 200 spectateurs.
« Par le passé, mes films étaient une manière pour moi de faire face à mes problèmes et aller de l’avant. Maintenant, grâce à leur diffusion, j’ai réussi à avoir un certain recul sur mon travail, je me sens apaisée. Aussi, à ma grande surprise, j’ai reçu beaucoup d’encouragements. Je suis très contente que les spectateurs ne voient pas seulement mon travail simplement comme des films réalisés par une victime de cette catastrophe. Grace à eux, j’ai eu la chance de rencontrer de nombreuses personnes, et visiter de nombreux lieux. Je suis enfin arrivée à un stade où je suis heureuse de les avoir réalisés. »
Le mois de mars 2025 marque les 14 ans depuis que Satô Sonomi fait face aux caméras en tant que famille de victime du tsunami de 2011. Autrement dit, elle aura vécu bientôt autant d’années depuis la catastrophe qu’elle n’en a vécu avant.
« J’ai toujours voulu tourner mes propres films, sans être influencée par la perspective de quelqu’une d’autre. Je suis très reconnaissante d’avoir pu réaliser ce rêve. Maintenant, de nombreux enfants dans la péninsule de Noto traversent les mêmes épreuves que nous par le passé. J’espère que mes films pourront leur apporter du réconfort.
(Toutes les images des films : © Satô Sonomi. Photos d’interview : Hanai Tomoko)




