Réduction des aires d’alimentation

Depuis la fin des années 1800, un grand nombre de marais, jadis lieu idéal pour la nidification de la grue à couronne rouge, ont disparu en raison des cultures et de différents aménagements. Si certains existent toujours, comme dans l’est de Hokkaidô au début de l'après-guerre, ils ont diminué d'environ 40 %. Entre surpopulation et précarité de leur habitat, les grues à couronne rouge sont confrontées à une sorte de « crise du logement ».

Plus de 450 grues à couronne rouge mâles et femelles font leur nid dans les marais de l'est de Hokkaidô. Si en été, les animaux préfèrent également d'autres régions de l’Archipel, en hiver, plus de 90 % se concentrent dans les marais de Kushiro. La moitié d’entre eux dépendent de seulement trois aires d'alimentation où pas moins de 33 tonnes de nourriture leur sont littéralement servies pour leur permettre de survivre aux hivers locaux, extrêmement rigoureux.

Toutefois, la relève étant loin d’être assurée, nombreux sont ceux qui délaissent l'agriculture au profit de l'élevage par exemple. La tendance actuelle : plusieurs exploitations agricoles travaillant ensemble pour être plus rentables. Les agriculteurs ne sont alors plus propriétaires d’étables ou de champs et se rendent tour à tour sur place. Les étables se transforment en environnements propres et stériles où l’entrée est impossible pour les oiseaux.

Au cours de l’année fiscale 2013, le ministère de l'Environnement a établi un plan d’action sur 20 ans visant à supprimer progressivement les aires d'alimentation de Hokkaidô, contraignant les grues à couronne rouge à préférer Honshû, l’île principale du Japon, pour passer la saison hivernale. Entamé au cours de l'exercice 2015, ce projet se fixait pour objectif de réduire de moitié et sur une période de 5 ans la quantité de nourriture dans les aires d'alimentation.

Ironie du sort, au cours de la toute première année de mise en œuvre du projet, un typhon a ravagé les cultures locales de maïs, où les oiseaux n’avaient maintenant plus qu’à se servir. Un grand nombre d’entre eux ont ainsi abandonné les aires d'alimentation pour affluer vers les champs dévastés et picorer leur festin.

Des efforts de préservation victimes de leur succès

La fascination pour les grues de Momose Kunikazu, président du RCC, ne date pas d’hier. Chercheur spécialisé dans les oiseaux sauvages, il a également œuvré pour la protection de l'ibis japonais à crête et de l’albatros à queue courte. En 1980, il a été invité au siège de l'International Crane Foundation dans le Wisconsin. Depuis, il a concentré ses recherches sur la grue à couronne rouge et les moyens de la préserver.

Aujourd'hui, Momose Kunikazu se trouve confronté à un dilemme cornélien. Le programme d'alimentation des grues à couronne rouge a été un franc succès, mais il a entraîné une surpopulation et les risques de maladies qui en découlent pour l’animal. D’autres part, les grues ne sont plus en danger et sont devenues une nouvelle attraction touristique. Bémol et de taille : elles ravagent les récoltes des fermes locales.

« Nous pouvons réduire les aires d’alimentation des grues pour les encourager à se disperser, mais un grand nombre de marais qui leur fournissent un habitat sûr ne leur sont pas ou plus accessibles. Il existe en fait très peu de domaines où ils peuvent subsister par eux-mêmes. Par ailleurs, ces grues peuvent devenir des menaces encore plus grandes pour les cultures locales, ravageant davantage les champs. Mais quelle est solution pour que les grues et les humains puissent coexister ? Il nous faut trouver des méthodes de préservation pérennes basées sur des données scientifiques qui continueront d'être efficaces d'ici trente à cinquante ans », a déclaré Momose Kunikazu.

Cela a été l’un des objectifs premiers du RCC (organisation à but non lucratif) lors de sa création. Mais la recherche fondamentale nécessite du temps avant de pouvoir montrer le moindre résultat. Et maintenant que la grue à couronne rouge n’est plus une espèce en voie de disparition, les subventions et les dons sont plus difficiles à obtenir...

(Photo de titre : danse d'accouplement de la grue à couronne rouge. Photos: Nishioka Hidemi, sauf mention contraire)