Les yakuza et les activités publiques : un mal nécessaire
Pourquoi une telle situation ? La réponse est évidente. Jusqu’à la période de la bulle financière, les yakuza pouvaient gagner de l’argent aussi bien publiquement, que dans l’ombre. Mais avec un contrôle de plus en plus sévère de l’État, les entreprises sont devenues bien plus attentives, et ont cessé tout contact avec les gangs. Ces derniers n’ont plus qu’un choix, amasser de l’argent illégalement.
Les secteurs où les affaires peuvent avoir lieu en toute légalité sont, entre autres, la finance, l’immobilier, la construction, le divertissement, le travail intérimaire, la démolition, les déchets industriels, la liquidation de société, la récupération des dettes et le traitement des problèmes à l’intérieur du « territoire ». Les secteurs où la barrière des lois est transgressée regroupent quant à eux les jeux et paris, le trafic de drogue, la prostitution, les casinos clandestins, l’encaissement d’argent en échange d’une protection, et les activités d’avocat sans qualification.
Comme leurs activités officielles sont parfaitement identiques à celles des entreprises ordinaires, les yakuza peuvent gagner leur vie en passant librement du public à l’ombre. Dans la finance par exemple, les établissements financiers affiliés aux gangs ne respectent pas le montant plafond des intérêts fixé par la loi et prêtent de l’argent à des taux très élevés pour des projets ou à des entreprises à haut risque. Et ce, parce qu’ils sont totalement sûrs de pouvoir récupérer leur argent.
À l’époque, l’existence même de ce travail régulier des gangs avait une certaine valeur. Pour la finance, dans les cas où on avait besoin d’argent en urgence ; pour l’immobilier, dans le cas où tous les moyens étaient bons pour pouvoir faire augmenter le prix du terrain dans un certain délai ; pour le nucléaire, lorsqu’il fallait envoyer du personnel sur des sites dangereux, et pour la récupération des dettes, lorsqu’il fallait avoir le courage d’écraser tous les autres créanciers. C’était ça, la force des établissements affiliés aux gangs et, jusqu’à la mise en vigueur de la Loi anti-mafieuse en 1992, les yakuza étaient, même pour la société, un « mal nécessaire ».
