Du confort de la bulle financière à la chute

Lorsque la bulle financière bat son plein au Japon, le Yamaguchi-gumi, sous la direction du parrain Watanabe, n’a jamais amassé autant d’argent. Il se trouve au centre de toutes les « forces anti-sociales » du pays, c’est-à-dire l’extrême-droite, les racketteurs financiers professionnels (sôkaiya), et les bandes de motards bôsôzoku, viviers de recrutement de nouveaux membres. Mais la nation ne peut plus fermer les yeux sur cette énorme puissance financière ni sur les mauvais coups qui la rend possible... Le contrôle des autorités commence brusquement alors à se faire plus sévère. À l’ère de la mondialisation, une « mafia qui roule des mécaniques dans la rue en plein jour » est inconcevable pour les autres pays du monde. Le Japon se met un point d’honneur à la faire disparaître.

Après la prise d’effet de la Loi anti-mafieuse en 1992, le gouvernement lance l’attaque et apporte des amendements successifs qui vont permettre désormais de punir jusqu’au chef de clan pour une infraction commise par un subalterne. Conformément à loi sur la responsabilité des employeurs du droit civil, les demandes de dommages et intérêts vont pouvoir s’appliquer également au parrain du clan. Ainsi, la belle pyramide érigée avec tant de soin par les yakuza commence à être sérieusement ébranlée. C’est l'arrêté pour l’élimination des groupes criminels, prenant effet en septembre 2011 dans l’ensemble des préfectures du pays, qui va donner le coup de grâce en permettant d’infliger une peine seulement pour avoir eu des relations avec un membre des gangs. Dès la même année, un célèbre animateur de télévision, Shimada Shinsuke, a ainsi été obligé de prendre sa retraite en raison de ses relations avec la pègre. Les membres du clan, incapables d’ouvrir un compte bancaire et de louer un logement, perdent ainsi leurs moyens d’existence et leur droit de vivre.

Dans cette situation, les gangs de yakuza n’ont plus de nouveau moyen de se financer. Comme indiqué plus haut, ils doivent aujourd’hui, tout en recourant au trafic de drogue illégal et aux escroqueries téléphoniques, chercher désespérément des moyens d’existence dans la fraude, intervenir dans les affaires immobilières complexes ou à travers les dernières applications financières qu’offre Internet. Avouons-le cependant : pouvoir gagner des fortunes comme autrefois est désormais pour eux un rêve révolu.

(Article du 11 septembre 2017 publié à l’origine en japonais. Texte de Itô Hirotoshi. Photo de titre : armes et autres objets de contrebande appartenant à la faction Inagawa-kai, exposés dans le commissariat de Honjo, à Tokyo, 21 août 2006. Jiji Press)