Dans un discours prononcé en février 2019, le nouvel empereur Naruhito, encore le prince héritier à ce moment-là, a porté un regard sur sa vie passée ainsi que sur celle qui l'attend en tant que nouveau symbole du Japon. Un journaliste qui l'avait suivi nous livre également quelques épisodes de sa vie.

L’évolution du rôle de la famille impériale

Naruhito était destiné à devenir empereur du Japon dès le jour de sa naissance. En 1989, quand son grand-père, l’empereur Hirohito (appelé empereur Shôwa au Japon), est mort et que son père est monté sur le trône, il avait 28 ans. À l’été 2016, quand l’empereur Akihito a annoncé son intention d’abdiquer, l’avènement de Naruhito est soudain devenu plus proche. Peu avant le 23 février 2019, date de son 59e anniversaire, Naruhito a donné une conférence de presse au cours de laquelle il a abordé maintes questions ayant trait à sa vie passée et à son rôle à venir d’empereur. « Je suis envahi par un sentiment de solennité lorsque je pense à l’avenir », a-t-il dit sans détour. Il a expliqué qu’il avait beaucoup appris de ses parents et que leur conception de leurs obligations serait pour lui un guide important. « De même que des vents nouveaux soufflent à chaque époque, a-t-il ajouté, le rôle de la famille impériale évolue. Je souhaite perpétuer résolument les traditions transmises depuis les temps anciens, sans perdre de vue le rôle idéal que la famille impériale devra jouer à l’avenir. »

Il s’est montré préoccupé par certaines questions. « C’est un fait que la proportion des membres de la famille impériale de sexe masculin est en diminution et que tous ses membres vieillissent. Sachant en outre que les membres féminins de la famille impériale doivent la quitter lorsqu’ils se marient, tout cela a des implications sur son rôle dans le futur. » Il n’a toutefois fait aucun commentaire sur la nature de ce rôle, ni sur les doutes exprimés par son frère cadet Fumihito, le prince Akishino, devenu à nouveau le prince héritier, à propos de l’injection d’argent public dans le grand festival Daijô-sai (où le nouvel empereur fait offrande aux dieux de céréales nouvellement récoltées), programmé un peu plus tard dans l’année. Cette façon de s’abstenir d’aborder les questions politiques témoigne de la prudence qui le caractérise.

Un appel à la compréhension

Le nouveau couple impérial (photo tirée de la page officielle de l'Agence de la maison impériale)
Le prince héritier Naruhito et son épouse, la princesse Masako seront le nouveau couple impérial (photo tirée de la page officielle de l'Agence de la maison impériale).

Il a également parlé de son épouse. La princesse Masako a des problèmes de santé qui l’ont empêchée d’être présente à certaines cérémonies. « Tout en continuant de prendre soin de son état l’an dernier, Masako a persévéré dans ses efforts et trouvé des solutions pour s’acquitter au mieux de ses obligations tant publiques que privées. C’est ainsi qu’elle a pu élargir progressivement le champ de ses activités, ce dont Masako et moi nous félicitons. Elle aura certes de nombreuses obligations en tant qu’impératrice, mais je n’attends pas d’elle qu’elle les assume du jour au lendemain. » Cet appel à la compréhension du public est révélateur des sentiments que Naruhito éprouve pour son épouse, qu’il a promis de protéger de toutes ses forces au moment de leur mariage. (Voir notre article : Owada Masako, de diplomate prometteuse à future impératrice du Japon.)

En décembre dernier, à l’occasion de son 55e anniversaire, Masako a fait une déclaration dans laquelle elle exprimait sa gratitude pour le soutien que lui apportait le peuple japonais. Elle a également affirmé qu’elle entendait s’acquitter le mieux possible de ses obligations publiques. Espérons que le nouveau couple impérial aura de nombreuses occasions de rencontres et de discussions avec les citoyens de ce pays.

A-t-il trouvé la femme idéale ?

L’une des conférences de presse de Naruhito qui ont particulièrement attiré l’attention est celle qu’il a donnée en 1988 à l’occasion de son 28e anniversaire, un an avant d’accéder au statut de prince héritier. Le public était très curieux de savoir qui il allait choisir pour épouse, d’autant qu’il semblait acquis qu’il allait se décider incessamment. Recourant à des métaphores empruntées à l’alpinisme, dont il est un adepte, il déclara qu’il en était encore à la septième ou huitième station – les alpinistes japonais divisent les ascensions en dix stations, dont la dernière est le sommet. « Je vois le sommet, mais j’ai l’impression qu’il est tellement loin. »

Aux journalistes qui insistaient pour savoir s’il avait trouvé la femme idéale, il répondit avec un sourire : « Peut-être l’ai-je rencontrée, peut-être ne la rencontrerai-je jamais ». J’étais présent ce jour-là et je me souviens avoir été impressionné par son honnêteté. Je savais que Naruhito avait rencontré Masako pour la première fois un an et demi plus tôt, avant qu’elle n’entre au ministère des Affaires étrangères, lors d’une réception qui s’était déroulée au Palais-est d'Akasaka, en l’honneur de la reine d’Espagne Sofia. Il devait avoir ceci en tête quand il a répondu. Plus tard, c'est en essuyant la sueur de son front, poursuivi par des journalistes qui le pressaient d’en dire plus, qu'un représentant de l’Agence de la Maison impériale déclarera, « Le prince assurément ne peut pas mentir. »

J’ai ressenti encore plus vivement la sincérité de Naruhito en septembre 1989, quand il a donné sa première conférence de presse en tant que prince héritier. Cette fois-là, quand des journalistes l’ont pressé de questions sur la « station » où il était arrivé dans sa recherche d’une épouse, il émit des réserves sur sa déclaration précédente : « Je ne suis pas très sûr. Mais j’ai le sentiment que, d’une certaine façon, cette déclaration a quelque peu outrepassé la situation. » Peu avant la conférence de presse, le mariage de Fumihito avait été officiellement annoncé. Sa relation avec Masako ne progressant pas comme il l’aurait souhaité, Naruhito déclara sans détour qu’il faudrait encore attendre quelque temps avant qu’il se marie. Et l’avenir lui a donné raison, puisque ce n’est que trois ans et demi plus tard que Masako et lui se sont fiancés.

La parade des jeunes mariés à Tokyo, le 19 janvier 1993 (Jiji Press)
La parade des jeunes mariés à Tokyo, le 19 janvier 1993 (Jiji Press)