Un voyage en Mongolie pour aider un ancien yokozuna

C’est un architecte local et passionné de sumo qui a présenté à Hirotaka l’ancien lutteur Harumafuji (né Davaayamyn Byambadorj), qui avait accédé au rang ultime de yokozuna.

Harumafuji avait pour projet de monter une exploitation laitière en Mongolie, son pays natal, et a pris le temps de visiter le Hokkaidô dont le climat est similaire. Il a rendu visite à environ 40 fermes, et c’est celle de Hirotaka qui a attiré son attention. Il y est revenu trois fois, lui expliquant qu’il voulait suivre son exemple dans sa propre exploitation

Même avant de prendre sa retraite en novembre 2017, Haramafuji avait commencé à partager ce qu’il avait appris au Japon avec son pays natal, et avait fondé une école primaire et un collège à Oulan Bator.

Dans le cadre d’une longue tradition de vie nomade, le lait de vache en Mongolie est presque considéré comme sacré, un peu comme l’omiki, un saké utilisé spécifiquement dans les rituels shintoïstes au Japon. Le rendement reste en revanche très bas et la qualité presque lamentable... Harumafuji trouvait bizarre que les enfants mongols n’appréciaient pas le lait de vache, mais en y goûtant, il a vite compris pourquoi.

« Je voulais que les petits mongols puissent boire un lait aussi délicieux que celui que j’ai connu au Japon. »

Harumafuji (gauche) avec Hirotaka à la ferme. (Photo avec l’aimable autorisation de Shinmura Hirotaka)
Harumafuji (gauche) avec Hirotaka à la ferme. (Photo avec l’aimable autorisation de Shinmura Hirotaka)

L’ancien yokozuna a invité Hirotaka à l’accompagner en Mongolie en septembre 2022 pour visiter le site qu’il avait repéré pour sa ferme.

« J’ai essayé le lait local mais il était vraiment mauvais. En le sentant, je me suis dit que quelque chose clochait. J’ai fait analyser le sol, et je me suis rendu compte que les pâtures en Mongolie étaient mortes, avec presque aucun microorganisme ou matière organique. Je me suis dit que la seule solution pour faire revivre le sol serait un apport de compost pour une amélioration progressive. »

Hirotaka a ainsi fait venir le personnel mongol chez lui pendant deux mois pour les former. Même Harumafuji s’est joint à eux pendant quelques jours en janvier 2023 pour comprendre le déroulement des tâches. Il continue encore actuellement à demander conseil à Hirotaka de façon ponctuelle.

Harumafuji a importé une race de vache française, la Montbéliarde, qui est appréciée pour son lait et aussi sa viande. Les bâtiments de ferme ont été achevés fin 2023. Les premiers à profiter du bon lait de sa ferme seront les élèves de son école.

« Mes vaches sont mes associées »

Hirotaka voudrait à son tour intégrer des vaches montbéliardes dans son troupeau. Elles se nourrissent exclusivement d’herbe et de foin, tandis que les Prim’Holstein qu’il a déjà demandent un complément de grains car elles ont été sélectionnées au fil des années pour un rendement plus important.

« Dans cinq ou dix ans, je voudrais augmenter le pourcentage de vaches à l’herbe et privilégier le lait de vaches nourries à l’herbe », nous dit-il.

L’alimentation de ses Prim’Holsteins est importée, mais les prix ont flambé depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mettant les agriculteurs en difficulté. L’ajout de vaches montbéliardes fait partie de sa stratégie de durabilité.

Les vaches s’acheminent toutes seules vers la laiterie pour la traite. (© Ukita Yasuyuki)
Les vaches s’acheminent toutes seules vers la laiterie pour la traite. (© Ukita Yasuyuki)

Vers 15 heures un après-midi, j’ai vu les vaches à la queue leu leu se diriger d’elles-mêmes vers la laiterie pour la traite. Elles dégageaient un air de sérénité avec leur démarche tranquille.

« Certaines personnes sont producteurs laitiers simplement parce qu’ils aiment les vaches, mais ce n’est pas mon cas. Pour moi, elles sont mes associées et c’est normal que je fasse tout pour qu’elles soient heureuses et en bonne santé. »

Ses propos paraissent peut-être un peu secs, mais ils représentent parfaitement l’approche de Hirotaka, qui cherche un équilibre entre les bénéfices et le bien-être des animaux.

(Photo de titre : des vaches insouciantes dans les pâtures. La ferme Tokachi Shinmura a un troupeau de 130 vaches, mais aussi des cochons, des moutons, et des chevaux. © Ukita Yasuyuki)