Une hausse structurelle des coûts dûe au principe d’autosuffisance
Au mépris des changements stratégiques mondiaux, l’électronique grand public japonais a cru à sa supériorité technologique nationale et s’est entêté à maintenir son système d’autosuffisance ainsi que le système d’intégration verticale, caractéristiques de son organisation traditionnelle de production, sans pouvoir effectuer aucun changement en souplesse.
Dans le cas du téléviseur plasma Panasonic, les semi-conducteurs sont fabriqués à partir du silicone à l’usine de Toyama, située dans la région de Hokuriku, les écrans sont produits par les ateliers de Himeji dans le Kansai, et le tout est monté dans les unités d’assemblage de Amagasaki. De surcroit, étant donné que la fabrication est réalisée dans ses usines, avec ses employés et sa propre technologie, Panasonic est limité dans la réduction des coûts.
En 2009 il a investi 200 milliards de yens dans la construction de sa troisième usine d’Amagasaki dont la production a été arrétée deux ans plus tard à cause de la chute des prix mondiaux déjà amorcée à l’époque. De la même manière, le site de production de Sharp à Kameyama, connu pour la fabrication du téléviseur ACL (affichage à cristaux liquides) appelé « Modèle Kameyama », a arrêté aussi sa production 5 ans après l’achèvement de ses locaux, en 2004.
En bref, les raisons essentielles de l’échec de l’électronique grand public japonais ne résident pas seulement dans les « six contraintes » externes assujetissant la gestion au Japon (le yen fort, l’impôt sur les sociétés, la réglementation du travail, le coût de l’énergie électrique, etc.), mais aussi dans une structure interne empêchant d’opérer des changements d’orientation alors que la hausse structurelle des coûts, les orientations technologiques et son modèle de gestion lui font perdre sa compétitivité internationale en plein mutation globalisante.
La stratégie qu’a adopté l’électronique grand public japonais n’a pas été fondée sur la spécialisation horizontale mais sur une politique consistant à enrayer la chute des prix en intégrant de nouvelles technologies à haute valeur ajoutée. Un exemple marquant est le téléviseur 3D, qui fut très prometteur au lancement, mais dont les lunettes de visionnement eurent mauvaise presse et lassèrent vite les utilisateurs, ce qui en fit un fiasco.
Actuellement l’électronique japonais est sur le point de développer un téléviseur « 4K2K » (4000 pixels horizontaux x 2000 pixels verticaux) équipé d’un écran à la résolution 4 fois plus élevée qu’un téléviseur standard. C’est le degré de résolution utilisé dans les salles de cinéma grand écran mais aucune chaine de télévision n’a les capacités de diffusion ou les progammes adaptés à cette technologie. En outre, se pose la question de savoir si l’œil humain a besoin d'une résolution aussi élevée.
Dans le cas du téléviseur à écran OELD (diodes électroluminescentes organiques), considéré comme ayant un grand potentiel dans des produits de la prochaine génération, les fabricants japonais en furent les pionniers mais abandonnèrent temporairement son développement pour se ressaisir et essayer maintenant de combler leur retard sur les grands de l’électronique coréens Samsung et LG qui les ont devancés en la matière. De telles inconséquences laissent perplexe.