Corée du Sud : il est temps de faire baisser la pression

——Les relations entre le Japon et la Corée du Sud traversent elles aussi une nouvelle crise, comme en témoignent les éclats à propos de l’interprétation de l’histoire et le litige relatif aux rochers Takeshima. Ces relations semblent prises dans un cercle vicieux. Que peut-on faire pour en sortir ?

YACHI  Comme avec la Chine, nous devons nous engager dans un dialogue en vue de désamorcer les tensions. Nous devons nous efforcer patiemment de restaurer les liens bilatéraux en développant les échanges culturels et de peuple à peuple. La Chine et la Corée du Sud ont toutes deux tendance à geler les relations dans tous les secteurs dès qu’un problème apparaît quelque part. Malgré l’ancienneté des relations que nous avons avec ces deux pays, je crains que ni l’un ni l’autre ne soit arrivé à ce qu’on pourrait appeler la maturité. Les différences d’opinions sont inévitables et il me semble que nous devons préserver l’essence de notre diplomatie sans tenir compte de ces prises de bec.

——Aux États-Unis, certains observateurs ont exprimé les graves inquiétudes que leur inspirait la dégradation des liens entre Tokyo et Séoul.

YACHI
Je n’ignore pas que des voix se sont élevées en ce sens aux États-Unis. Mais nous ne sommes pas dans une situation où le gouvernement japonais souhaiterait la détérioration des liens avec la Corée du Sud. Du point de vue de la sécurité, celle-ci joue un rôle très important pour le Japon. Il se trouve malheureusement qu’il règne là-bas une atmosphère de poudrière. Il existe certes des poches de sentiment anti-sud-coréen au Japon, mais en Corée du Sud les médias et l’Assemblée nationale alimentent un flot ininterrompue de rhétorique anti-japonaise, et l’atmosphère qui en résulte est telle que le plus petit incident peut déclencher un gigantesque tollé. Il ne va pas être facile de reconstruire nos relations dans de telles circonstances, mais nous devons essayer de faire baisser la pression.

——À l’heure actuelle, la Chine et la Corée du Sud attendent toutes deux de voir si M. Abe va aller rendre hommage au sanctuaire Yasukuni. Lors de son précédent mandat de premier ministre, il a choisi la voie de l’« ambiguïté stratégique », en refusant de dire s’il s’y rendrait ou non.

YACHI  La position de M. Abe sur le sanctuaire Yasukuni a toujours été de ne pas dire s’il avait ou non l’intention d’y effectuer une visite et de ne pas confirmer cette visite ou cette absence de visite, et je ne pense pas qu’il va changer d’attitude.

Corée du Nord : mettre les choses en perspective

——La Corée du Sud commence à attacher davantage d’importance à ses relations avec la Chine et elle donne parfois l’impression de faire équipe avec ce pays contre le Japon. Je pense que, pour Séoul, le choix du renforcement des liens avec Pékin vise avant tout le problème nord-coréen, mais tout le monde au Japon ne voit pas les choses de cette façon.

YACHI  La Corée du Nord y est sans doute pour beaucoup. À côté de cela, la Chine a une très grande importance pour la Corée du Sud sur le plan économique. L’économie chinoise montre certes des signes de ralentissement, mais le gouvernement maintient son objectif de 7,5 % pour la croissance du PIB cette année. Je pense que des considérations sécuritaires et économiques sont à l’arrière-plan des efforts de la Corée du Sud en vue d’améliorer ses relations avec la Chine.

——Entre-temps, la Corée du Nord continue de jouer la stratégie de la corde raide en politique étrangère. Depuis quelque temps, le gouvernement a toutefois mis un bémol à sa rhétorique. Et en mai dernier, Iijima Isao, conseiller spécial auprès du cabinet, a créé la surprise en effectuant une visite impromptue en Corée du Nord, probablement pour parler du problème des enlèvements de citoyens japonais. Quel est votre point de vue sur l’évolution de la situation en Corée du Nord ?

YACHI  Au stade précoce où nous en sommes, le régime de Kim Jong-un a encore besoin de consolider son pouvoir, et sa position vis-à-vis de la communauté internationale n’est pas encore vraiment définie. Il a commencé par adopter une ligne très dure, qu’il a entrepris de moduler et d’assouplir maintenant qu’il a observé les réactions des autres pays. Je pense que le régime est en train de tâter le terrain pour voir comment ces changements vont être perçus par les couches de la population qui soutiennent Kim Jong-un. Il n’y a pas de raison de s’emballer à chaque fois que le vent tourne un tant soit peu.

En ce qui concerne la question des enlèvements, la position officielle est de la traiter, de concert avec celle des armes nucléaires, dans le contexte de négociations globales en vue de normaliser nos relations diplomatiques. Mais vu que les deux questions sont fondamentalement distinctes, rien ne justifie logiquement qu’on renonce à avancer sur l’une d’entre elles au simple prétexte qu’on piétine sur l’autre. Il se trouve en outre que l’âge avancé des familles des victimes d’enlèvements nous contraint à trouver le plus vite possible une solution à ce problème. Le gouvernement japonais doit explorer toutes les voies qui s’offrent à lui.