Les attitudes envers les mères célibataires sont en train de changer

Récemment, la patineuse artistique Andô Miki a eu un bébé en dehors des liens du mariage. L’événement a suscité d’intenses débats à la télévision, dans les journaux et dans les revues, consistant essentiellement en folles spéculations sur l’identité du père. La Fédération japonaise de patinage artistique a reçu des plaintes de gens qui lui reprochaient de ne pas avoir fourni une éducation sexuelle adéquate à Madame Andô — qui, soit dit en passant, a 25 ans.

Une revue a effectué un sondage pour demander aux gens leur opinion sur la situation de Madame Andô et s’ils approuvaient son intention de participer aux jeux olympiques tout en élevant un enfant. Mais ce sondage, qui a suscité des critiques, a été annulé. Plus tard, une émission de télévision a demandé aux téléspectateurs de participer à un sondage en ligne et de dire s’ils souhaitaient savoir qui était le père du bébé.

Comme le suggère la fureur qui s’est déchaînée à propos du bébé de Madame Andô, la société japonaise continue de nourrir une forte hostilité contre l’idée qu’une femme célibataire puisse avoir un enfant. Ce que j’ai trouvé surprenant, en revanche, c’est le vigoureux retour de manivelle qu’a suscité cette hostilité. Si c’est ainsi qu’elle veut vivre sa vie, cela ne regarde personne, a dit quelqu’un. D’autres ont déploré les critiques sans fondement et déclaré qu’ils soutenaient complètement Madame Andô et le choix qu’elle avait fait. Ces réactions, qui auraient été impensables il y a seulement vingt ans, m’ont profondément touché.

Le Japon au bord d’un changement radical

Les attitudes sont incontestablement en train de changer. Au Japon, pourtant, la famille reste une institution puissante et passablement rigide. Quand les gens vont finir par se lasser de cette rigidité et se mettre à vivre ensemble et à avoir des enfants en dehors du cadre du mariage tel que la loi le définit, la famille japonaise va se trouver confrontée à un ras de marée de changement.

Depuis les années 1980, on assiste à une érosion du modèle d’entreprise japonais, censément unique, qui garantissait aux employés de sexe masculin un emploi à vie. Dans les années 1990, les normes traditionnelles en matière de sexualité ont commencé à s’effilocher, si bien que les célibataires jouissent désormais d’une grande liberté à cet égard. Ces changements se sont produits en un clin d’œil.

Même la France, pays de tradition catholique, a fini par légaliser le mariage homosexuel, après avoir instauré une formule — le « Pacte civil de solidarité » (Pacs) — qui accordait aux parties prenantes pratiquement les mêmes droits que ceux des couples mariés.  Au Japon, où la religion instituée n’exerce en apparence pas beaucoup d’influence sur la vie quotidienne, le changement va être spectaculaire quand le moment sera venu.

(Adapté d’un article rédigé le 6 août 2013. Photo d’Andô Miki [à Fukuoka, 6 juillet 2013] : Nikkan Sports/Aflo.)

(*1) ^ Le 4 septembre 2013, la Cour suprême du Japon a déclaré que la disposition en question viole la Constitution.

(*2) ^ Si l’on en croit les résultats de l’Enquête nationale sur la fertilité effectuée en 2010 par l’Institut national de recherche sur la population et la sécurité sociale, seulement 6,4 % des couples mariés depuis 15 à 19 ans n’avaient pas d’enfant.