Le rapport des forces est de 70-30

Si on regarde l’activité de chacun, on peut dire que les mouvements de la faction Kôbe Yamaguchi-gumi se font un peu plus remarquer. Il s’agit essentiellement d’une question de cotisations que les boss de clans directement affiliés doivent payer à la maison mère, en l’occurrence, soit le Yamaguchi-gumi 6e génération, soit le Kôbe Yamaguchi-gumi. À l’époque du boss de 5e génération du Yamaguchi-gumi, cette cotisation était passée à un maximum d’un million de yens par mois. Actuellement, sous le boss de 6e génération, on est revenu à 650 000 yens. À l’époque de la 5e génération, les affiliés directs étaient nombreux, la gestion globale était relativement aisée, mais la 6e génération a vu ce nombre chuter, c’est plus problématique.

De l’autre côté, pour le Kobe Yamaguchi-gumi, je n’ai pas connaissance des montants exacts, mais le bruit court qu’elles tourneraient autour de 400 000 yens. Ce qui suggère une phase de montée en puissance. À ce qu’on dit, le rapport de force entre le Yamaguchi-gumi 6e génération et le Kobe Yamaguchi-gumi serait de 70-30. Sur Kyûshû, on dit que 1 000 membres seraient passées au Kôbe Yamaguchi-gumi, mais en tout état de cause ce n’est qu’une rumeur.

Baisse de la population yakuza et « modernisation »

Les organisations yakuza sont entrées dans une période de mutation rapide. Jusqu’à maintenant, lorsqu’un cadre était éjecté, il se retrouvait isolé dans sa propre organisation et dans la société yakuza, ce qui ne lui laissait d’autre issue que de disparaître. Mais dans le cas de figure actuel, le cadre qui s’est fait éjecter non seulement se rétablit, mais il récupère les membres qui se sont fait couper dans le passé, autrement dit il brise les règles de la société yakuza, ce qui était considéré jusqu’alors comme tabou, et tout cela au grand jour. Et dans certains groupes, on les voit faire des appels du pied aux subordonnés des chefs mis sur la touche et leur dire, « Tu sais que tu peux venir quand tu veux… »

Une situation totalement différente de ce que fut la société yakuza dans le passé est en train de se propager. De plus en plus de gangs vont continuer à affirmer leur indépendance même après une scission. Dans un certain sens, on peut dire que la modernisation, qui passe par l’abandon des vieux principes, a commencé.

La population yakuza a aussi fortement diminué. D’après une enquête de l’Agence nationale de la Police, des 86 300 membres affiliés à un gang yakuza en 2005 (quasi-membres inclus), on serait passé à 53 500 à la fin 2014.

Un nouveau type de voyou fait son apparition

Malheureusement il n’y a pas lieu de se réjouir. En effet, que deviennent ces anciens membres qui ont quitté les yakuza ? Il y a à peine une vingtaine d’années, il existait à Shinjuku un quartier que l’on appelait « la rue des excommuniés ». Là se réunissaient les hommes en rupture de ban. La plupart d’entre eux vivaient d’escroqueries, d’extorsion de fonds et de « résolutions de problèmes ». Un homme expulsé de la société yakuza ne peut que devenir pire.

En outre, de nouvelles espèces de voyous apparaissent. On parle régulièrement des anciens gangs de motards de la « Kantô Rengô » (l’Union du Kantô) ou de gangs d’orphelins chinois de deuxième ou troisième génération comme le « Dragon », mais on trouve aussi des groupuscules de quelques membres à peine, sans nom. Ceux-là sont capables de tout et de n’importe quoi, au couteau, à la batte de base-ball ou à la matraque. C’est contre ces groupes que des mesures deviennent urgentes.

(Adapté d’un original en japonais écrit en novembre 2015. Photo de titre : le boss de 6e génération du Yamaguchi-gumi Shinoda Kenichi [plus connu sous le nom de : Tsukasa Shinobu], libéré de prison après avoir purgé une peine pour infraction à la loi sur la détention d’arme en avril 2011.Jiji Press)