Contrecarrer l’influence de la Chine

Mais l’objectif de la TICAD VI ne se limitait pas à mettre en lumière l’engagement du Japon en faveur du développement de l’Afrique, elle visait aussi sans ambiguïté à contrecarrer l’influence grandissante de la Chine. Lors de son discours d’ouverture de la conférence, M. Abe a dit : « Le Japon a la responsabilité de mettre à profit la confluence des océans Pacifique et Indien et la rencontre de l’Asie et de l’Afrique pour donner naissance à un lieu qui attache de la valeur à la liberté, au respect du droit et à l’économie de marché, un lieu où l’usage de la force et de la coercition est banni, un lieu où de surcroît règne la prospérité. » Sans mentionner nommément la Chine, la nouvelle stratégie diplomatique de M. Abe visant à garantir l’ouverture et la liberté de la zone Indo-Pacifique fait à l’évidence référence aux récentes activités maritimes agressives de Pékin.

Le Japon assiste au renforcement de l’influence diplomatique de la Chine en Afrique depuis la tenue de la TICAD IV en 2008, et les propos de M. Abe à Nairobi suggèrent qu’il a l’intention de redéfinir la position du continent dans la politique étrangère du Japon. Il ne fait pas de doute que Pékin a pris acte de ce fait, comme en témoignent les critiques du ministre des Affaires étrangères Wang Yi considérant les remarques de M. Abe comme malvenues.

Dans ses discours et à l’occasion de ses rencontres avec les chefs d’État africains, M. Abe a clairement exprimé qu’il souhaitait une réforme de l’ONU, passant notamment par l’octroi au Japon du statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l’organisation. Dans la Déclaration de Nairobi et le Plan de mise en œuvre de Nairobi figuraient des appels à un dialogue continu sur les réformes de l’ONU. Il s’agissait là d’une réponse à la forte opposition de la Chine à l’accès du Japon au statut de membre permanent, opposition clairement formulée dans la déclaration adoptée à l’issue du Forum sur la coopération sino-africaine – le FCSA, que dirige la Chine – qui s’est tenu en décembre dernier à Johannesburg, en Afrique du Sud, déclaration où l’on peut lire : « Nous exprimons notre engagement à rejeter résolument toute tentative visant à donner une représentation fausse des résultats de la Seconde Guerre mondiale. » Les efforts consentis par le Premier ministre en vue d’obtenir un soutien en faveur de la réforme de l’ONU peuvent en vérité être interprétés comme le signe de sa volonté de contrecarrer les initiatives de la Chine.

Le rôle de la TICAD ne se limite plus à servir de vecteur à l’aide japonaise au développement de l’Afrique, elle est aussi devenue une plate-forme destinée au renforcement de la présence des entreprises nippones sur ce continent ainsi qu’à la réalisation des objectifs de la politique étrangère de Tokyo. Il n’existe encore aucune certitude quant aux résultats concrets qu’on peut attendre de cette plate-forme à mesure de la montée en puissance de la rivalité du Japon avec la Chine en Afrique. Le succès de la diplomatie africaine du Japon dépendra de son aptitude à relever les défis à court terme de façon à concrétiser les grandes visions de la TICAD.

(D’après l’original en japonais du 7 septembre 2016. Photo de titre : le président kenyan Uhuru Kenyatta, à gauche, le Premier ministre japonais Abe Shinzô, au centre, et le président tchadien Idriss Deby, à droite, lors d’une conférence de presse donnée conjointement à la session de fermeture de la TICAD VI qui s’est tenue au Centre de conférences international de Kennyata, à Nairobi, Kenya, le 28 août 2016.)