Vers la mise en pratique de l’élevage intégral en aquaculture

——Jusqu’à quel point sommes-nous proches de l’élevage intégral ?

« Actuellement, le lieu de ponte des anguilles européennes dans l’océan Atlantique n’est localisé que dans une zone de mille kilomètres de diamètre, et aucun œuf ni aucune anguille parent n’a été capturé. Mais dans le cas des anguilles japonaises de l’océan Pacifique, nous avons pu prélever des œufs et des anguilles adultes sur le lieu de ponte que nous avons presque localisé. Le Japon est le leader mondial de la recherche fondamentale sur les anguilles. C’est aussi le pays le plus avancé sur le plan de la technologie d’élevage et de sa mise en pratique.

« Le processus expérimental d’élevage intégral est prêt. Mais nous ne sommes pas encore en mesure de produire des alevins en masse au niveau industriel. Aujourd’hui, produire un alevin coûte plusieurs milliers de yens. Notre objectif est d’abaisser ce coût à plusieurs dizaines de yens. Si nous arrivions déjà à plusieurs centaines de yens, nous pourrions les vendre lorsque les prises d’alevins sauvages sont mauvaises. Si la recherche-développement progresse encore un peu, il sera possible de mettre en pratique l’élevage intégral, et nous pourrons donner naissance à des alevins en grand nombre. Leur utilisation pour l’élevage afin de remplacer les alevins sauvages réduirait significativement l’impact sur la ressource en anguilles sauvages et permettrait de la protéger. »

Sensibiliser davantage les industriels et les consommateurs au problème des anguilles

——Ces dernières années, les anguilles sont devenues très chères, et il est devenu difficile d’en consommer souvent.

« En 2000, on consommait au Japon plus de cent mille tonnes d’anguilles par an, quantité qui incluait les anguilles importées de Chine. Le commerce international des anguilles européennes a ensuite été interdit, les importations chinoises ont baissé significativement, et le prix des anguilles a grimpé. Ces quatre dernières années, nous les scientifiques avons fait savoir que les anguilles étaient une ressource menacée. Les consommateurs japonais en ont pris conscience, et je pense qu’ils ont fait de grands progrès à cet égard.

« Certaines collectivités territoriales ont pris des initiatives pour protéger les anguilles adultes. La solution la plus efficace pour protéger cette ressource et la restaurer, c’est de veiller à ce que le maximum d’anguilles adultes retournent sur le lieu de ponte, c’est-à-dire le Pacifique au large des Mariannes. Les anguilles sont une ressource internationale. Il est essentiel qu’elles ne soient pas protégées seulement au Japon, mais aussi en Chine, en Corée du Sud et à Taïwan. Je voudrais surtout que la Chine fasse des efforts en ce sens, en améliorant l’environnement de ses fleuves, et aussi en limitant la pêche des alevins.

« Les Japonais feraient mieux de diminuer un peu leur consommation d’anguilles. S’ils veulent que cette espèce subsiste comme met traditionnel, il faut contrôler le commercialisme, qui privilégie le profit. J’appelle mes compatriotes à ne manger des anguilles que quelques fois par an, pour des occasions spéciales. Je souhaite qu’ils en sachent plus sur les anguilles, et qu’ils soient reconnaissants de pouvoir en manger même en payant cher pour cela. Ce que je veux dire, c’est que les anguilles ne peuvent être un aliment que l’on achète facilement pour en manger n’importe quand. »

(Propos recueillis par Ishii Masato, de Nippon.com. Photos sans mention : Ohtani Kiyohide, Nippon.com)