Un lieu qui permet de tisser des liens d’amitié au-delà des différences
La YSC Global School offre chaque année à plus de 100 jeunes des cours de japonais, du soutien scolaire et des conseils d’orientation. Ses élèves viennent de plus de 30 pays, dont les Philippines, la Chine, le Pérou, ou le Népal.
Parmi eux se trouvent des élèves qui parlent plusieurs langues, y compris leur langue maternelle et l’anglais, et qui avaient d’excellents résultats quand ils étaient scolarisés dans leur pays, mais aussi d’autres qui sont incapables de rester assis calmement devant leur pupitre parce qu’ils n’avaient pas, pour des raisons diverses, fréquenté l’école avant d’arriver au Japon.
Beaucoup de ces enfants sont nés et ont grandi au Japon, ne sont jamais allés à l’étranger et ne parlent que japonais. Ils ont cependant du mal à vivre car ils ont été victimes de harcèlement scolaire, en raison de l’origine étrangère de leurs parents, de la couleur de leur peau ou de leur nom. Ces enfants expérimentent des violences verbales à des degrés plus ou moins élevés.
« Que tu es bête ! », s’ils font une erreur en japonais, « Retourne dans ton pays ! », s’ils expriment une critique envers la société ou les coutumes japonaises, ou encore « Tu es sale ! Tu vas nous contaminer ! », si la couleur de leur peau est différente… Face à de telles situations, il est facile alors d’imaginer que les questions d’identité les tourmentent une fois entrés dans l’adolescence.
Pour tous ces enfants, l’école YSC est le seul endroit où ils se sentent en confiance et peuvent rencontrer des camarades dont ils partagent le ressenti. Même si les difficultés auxquelles ils sont confrontés varient, ils peuvent créer ici des liens d’amitiés qui dépassent leurs différences d’âge, de nationalité, de religion ou de contexte. Ces rencontres et ces liens leur sont d’une importance précieuse dans leur vie au sein de la société japonaise.
Des cours par Internet pour tous les enfants du Japon
Les enfants concernés viennent bien sûr de la ville de Fussa, en banlieue ouest de Tokyo, là où se trouve YSC, mais aussi des préfectures voisines de Kanagawa et de Saitama, ainsi que de celle de Chiba, qui est pourtant à plus de deux heures de train. Cette étendue géographique témoigne de la rareté des lieux offrant ce genre de soutien.
Le nombre d’enfants qui ont accès à des organismes de soutien de ce genre est limité, et dans les zones à faible peuplement étranger évoquées plus haut, il y a peu d’aide au niveau local et scolaire. Il n’est pas rare que les enfants cessent d’aller à l’école et ne sortent plus de chez eux. Il arrive même des cas où les collectivités locales et les écoles leur refusent l’accès aux établissements scolaires, en leur disant de revenir une fois qu’ils auront appris le japonais.
C’est pour résoudre ces difficultés que YSC a lancé en novembre 2016 un projet d’enseignement à distance du japonais sur Internet. Les cours offerts sont mis en ligne, à la disposition d’enfants de tout le pays. Une vingtaine d’entre eux, vivant dans des préfectures comme Ibaraki, Gunma, Chiba, Shiga ou Yamaguchi s’en servent, et bénéficient de cours de japonais, de soutien scolaire et de mise en relation avec leurs pairs grâce à leur ordinateur.
Vers une société d’immigration
Conscient de la menace que fait peser la pénurie de main d’œuvre entraînée par le vieillissement démographique, le gouvernement japonais a opté pour le recours aux ressources humaines étrangères. La société japonaise va ainsi connaître une évolution majeure. Le Japon se trouve aujourd’hui dans une situation où il aura sans aucun doute besoin d’un plus grand nombre de travailleurs étrangers, mais il va de soi que ces travailleurs sont d’abord des êtres humains, aux côtés de qui nous créerons ensemble le Japon de demain. Nous devons leur garantir l’accès aux soins médicaux et aux programmes sociaux, ainsi qu’à un environnement éducatif approprié à leurs enfants. Dans le cas contraire, le Japon risque d’être mis à l’écart dans un monde où la compétition entre les pays afin d’attirer des ressources humaines est de plus en plus virulent.
Comment peut-on se préparer efficacement à accueillir l’arrivée inéluctable de cette société d’immigration ? Ne serait-ce pas temps de tirer des leçons de l’expérience de plus de 2,5 millions d’étrangers installés durablement au Japon, ainsi que de celle des jeunes et des enfants qui ont des racines à l’étranger ? Pourquoi ne pas faire appel à leurs capacités pour développer des mesures adaptées afin de créer une société encore plus favorable à un réel « vivre ensemble » ?
(Article écrit à l’origine en japonais du mois d’août 2018. Photos avec l’aimable autorisation de la YSC Global School)

