France : retrouver au plus vite la liberté de jouer de la musique
Takiguchi Mutsumi est née à Funabashi dans la préfecture de Chiba. Cette jeune saxophoniste réside actuellement en France où elle est étudiante de troisième cycle au Conservatoire à rayonnement régional de Cergy-Pontoise.
Je suis arrivée en France il y a six mois. Je vis seule et je ne parle pas encore très bien le français. Si bien que lorsque le confinement a été décrété, je n’ai pas vraiment compris ce qui se passait. J’étais très inquiète. Heureusement, le propriétaire du restaurant japonais où je travaille à temps partiel s’est montré très chaleureux. Il m’a proposé d’aller le voir si j’avais des problèmes pour me nourrir et de me faire une avance sur salaire au cas où j’aurais du mal à payer mon loyer. C’est ainsi que j’ai pris conscience de l’existence des liens de solidarité qui unissent les Japonais résidant en France.
Pendant le confinement, les professeurs du Conservatoire à rayonnement régional de Cergy-Pontoise ont recours à l’enseignement à distance par visioconférence via Facebook. Les cours ne se déroulent pas comme d’habitude mais grâce à eux, j’ai l’impression de retrouver une existence à peu près normale pendant un moment et ça me fait du bien. La vie que je mène n’est pas facile pour autant. Les concerts et les concours sont supprimés et reportés. Par considération pour mes voisins, je m’abstiens de jouer du saxophone et cela me stresse. Je me dis malgré tout que je dois rester optimiste quand je regarde le Service de distribution vidéo à la demande ou le service de messagerie Simple Notification Service pour me faire livrer de la musique. À mon avis, le monde du spectacle sera probablement le dernier à revenir à la normale, mais pour le moment, j’ai l’intention de faire tout ce que je peux de mon mieux.
Italie : Comment continuer à vivre en plein état d’urgence
Tôjô Takeshi maitre de conférences à l’Université internationale de Pérouse en Italie.
En Suède, où la réaction du gouvernement vis-à-vis du coronavirus reste modérée comme au Japon, la situation s’est aggravée. Le Premier ministre japonais a fini par déclarer qu’il s’était montré trop optimiste et je me demande s’il ne va changer de politique et opter pour le confinement. D’une certaine façon, on peut craindre qu’en l’absence de mesures coercitives le pays se retrouve confronté par la suite à une crise encore plus grave. Mais on peut aussi espérer que le bon sens du peuple japonais sera suffisant pour lui permettre de surmonter cet épisode difficile.
En Italie, plus de 10 000 personnes ont été contaminées par le coronavirus et 2 500 en sont mortes. Le 12 avril, jour de Pâques, l’hôpital Maggiore de Bologne, dans la région de l’Emilie-Romagne, a mis en ligne un message vidéo qui a eu un retentissement énorme. On y voit le personnel médical de l’établissement en train de danser en fredonnant une chanson dans le vent de Lucio Dalla (1943-2012) – un auteur-compositeur-interprète originaire de cette ville – intitulée Attenti al lupo (Attention au loup).
Les médecins de l’hôpital Maggiore qui combattent vaillamment le coronavirus en première ligne chantent et dansent tout en disant aux gens « Joyeuses Pâques ! Restez tous chez vous et comptez sur nous pour éradiquer le virus ! ». C’est la façon de réagir de l’Italie.
« Restez chez vous ». Voilà la seule et unique solution que les médecins italiens proposent face à la terrible réalité de la maladie. Et le mieux à faire, c’est effectivement de suivre leur injonction sans hésiter, quelle que soit la dureté de la situation. Je crois que ce qui importe avant tout à l’heure actuelle, c’est de nous inspirer de l’exemple donné par cette vidéo, et de le mettre en pratique en cherchant le moyen de continuer à vivre en plein état d’urgence.
(Photo de titre : Imoto Naoko, responsable de l’éducation de l’Unicef en Grèce, au cours d’une séance de soutien pédagogique pour les enfants d’un camp de réfugiés situé dans la banlieue d’Athènes. Photo prise le 13 février 2020 par Amano Hisaki)
