Mesures d’urgence : 100 000 yens et un nouveau visa pour les étrangers
Les services multilingues de conseils sur la crise du coronavirus mis en place par Zenkoku Ippan Tokyo General Union (un syndicat indépendant qui regroupe des adhérents travaillant dans différentes entreprises, dont beaucoup de non-Japonais) sous la forme de numéros d’appel et de sites fermés sur les réseaux sociaux sont, selon le syndicat, consultés quotidiennement une centaine de fois. De nombreuses demandes émanaient de personnes n’ayant pas reçu de compensation de leur employeur qui avait mis fin à leur emploi, ou d’autres payées sur une base horaire, qui ont vu leur revenu baisser.
Le gouvernement a agi. Le ministre de la Santé, du travail et des affaires sociales a fait savoir qu’il n’accepterait pas que les travailleurs immigrés soient moins bien traités que les Japonais par leur employeur au prétexte qu’ils sont étrangers, et a mis en ligne sur son site des conseils en 15 langues, dont l’anglais, le chinois, et le japonais facile, pour empêcher les licenciements abusifs de travailleurs étrangers.
Le gouvernement a aussi décidé de verser, dans le cadre des mesures de soutien à l’économie pendant la pandémie, une allocation de 100 000 yens (853 euros) à l’ensemble de la population, y compris les résidents étrangers. Enfin le ministère de la Justice a décidé le 17 avril d’autoriser un dispositif spécial qui permet aux stagiaires techniques étrangers en difficulté de changer de secteur, et de leur accorder le statut de « compétences spécifiées » pour une durée pouvant aller jusqu’à un an. Le but de cette mesure est d’une part de garantir un revenu aux stagiaires techniques qui ne peuvent en principe que travailler que dans un secteur spécifié, et d’autre part de fournir de la main d’œuvre aux secteurs connaissant de graves difficultés de personnel. Cela peut paraître ironique, mais la pandémie a fourni une occasion de repenser le système de stagiaires techniques vivement critiqué depuis longtemps.
Une occasion au Japon pour rebondir
Même si la pandémie se termine, il est probable qu’il faudra du temps avant que la liberté de voyage soit rétablie. Cela frappe de plein fouet la politique économique de M. Abe, axée sur le développement du tourisme international au Japon, et constitue une épreuve majeure avant tout pour l’économie des régions japonaises. La pénurie de main d’œuvre dans les secteurs qui réussissaient à s’en sortir grâce à l’augmentation du nombre de travailleurs étrangers ne peut que s’aggraver.
Le Japon n’a jusqu’à présent accepté les travailleurs immigrés qu’en tant que main d’œuvre bon marché et à court terme. Mais le déclin démographique qui s’est installé ne permet pas d’envisager une résolution de la pénurie de main d’œuvre dans ces secteurs indispensables à la vie quotidienne que sont l’agriculture et la pêche, les transports, les soins médicaux ou les supérettes de proximité (konbini).
Sous l’influence du coronavirus, aller et venir librement dans le monde va continuer à être pratiquement impossible, et le Japon ne va probablement plus pouvoir continuer à traiter la main d’œuvre immigrée comme si elle était jetable une fois qu’elle avait rempli son rôle. Il faut aménager un cadre qui considère ces immigrés comme des ressources humaines de valeur et qui les aide à développer leurs compétences, en commençant par leur enseigner la langue japonaise. Afin de remédier à ses faibles capacités de résilience, le Japon doit se doter d’un système qui les accueille comme des personnes prêtes à soutenir le pays sans le quitter même lorsque survient une crise. (Voir notre article lié : Le traitement des résidents étrangers : la société japonaise saura-t-elle évoluer ?)
Le statut de stagiaire technique a déjà commencé à être utilisé dans le secteur des soins de santé. Si l’on se souvient qu’après le Grand tremblement de terre de l’Est du Japon, les stagiaires techniques étaient tous repartis dans leurs pays respectifs, on comprend le risque du système actuel. Aujourd’hui, alors que la tendance à l’inclusion est plus forte que jamais, comme le montre le fait que le ministère de la Justice accorde le statut de « compétences spécifiées », il faut faire évoluer l’accueil des immigrés en partant de la supposition qu’ils vont s’établir au Japon, et unifier le statut de stagiaire technique avec le nouveau statut de catégorie 2 créé en avril 2019, au titre duquel les travailleurs étrangers sont autorisés à vivre indéfiniment au Japon. N’est-ce pas une occasion de renforcer la résilience de la société japonaise ?
(Photo de titre : des travailleurs chinois récoltent des choux sur le plateau de Tsumagoi, préfecture de Gunma. ©Aflo)
