Les mérites de la vaccination
— On ne dispose encore d’aucun vaccin ni traitement contre le Covid-19. Existe-t-il un moyen de renforcer notre immunité pour lutter contre ce fléau ?
M.M. Certaines personnes seraient capables de se débarrasser du virus grâce à leur immunité innée. Des recherches récentes ont montré que l’immunité innée pouvait faire l’objet d’un apprentissage. On parle beaucoup du BCG, un vaccin contre la tuberculose préparé à partir d’une souche atténuée de bacille tuberculeux bovin. Le BCG renforce le système immunitaire en lui apprenant à reconnaître la cible à éliminer et en lui donnant une immunité acquise. D’après les données fournies par plusieurs dizaines de pays, on constate une baisse de la mortalité et de la morbidité dues à la tuberculose chez ceux qui ont vacciné massivement leur population. Mais il y a bien entendu des exceptions. Qui plus est, le BCG n’est fabriqué qu’en quantités limitées et uniquement pour un usage pédiatrique.
Au Japon, les personnes qui ont entre 50 et 70 ans n’ont fait l’objet d’aucune vaccination depuis 30 ans. Dans le même temps, les jeunes enfants sont immunisés contre près d’une dizaine de maladies infectieuses, si bien que leur taux de morbidité est très faible. Ils sont vaccinés tous les ans, ce qui renforce à chaque fois leur immunité innée et leur immunité acquise. Et ceci pourrait expliquer la faible incidence du Covid-19 chez les enfants et les jeunes. Le système immunitaire des personnes âgées n’a quant à lui pas été mis à l’épreuve depuis leur dernière vaccination, c’est-à-dire il y a plusieurs dizaines d’années. Tant et si bien que leur immunité acquise n’est plus efficace. Les seniors qui acceptent de se faire revacciner contre le pneumocoque (streptocoque) et la grippe pourraient fort bien en tirer des bienfaits insoupçonnés.
Des différences flagrantes entre l’Asie et l’Occident
— Pourquoi le Covid-19 a-t-il contaminé et tué beaucoup plus de personnes en Occident qu’au Japon et dans d’autres pays d’Asie ?
M.M. Un grand nombre de facteurs ont joué un rôle important à cet égard. D’abord les gènes, et puis le fait qu’en Asie, on n’a pas l’habitude de s’embrasser, de se prendre dans les bras et de se serrer la main. La pratique d’enlever ses chaussures avant d’entrer chez soi n’y est pas non plus pour rien. Mais les Asiatiques sont moins susceptibles d’être contaminés pour une autre raison qui inclut entre autres le BCG, mais pas seulement.
Il s’agit des maladies infectieuses régionales spécifiques. La famille des coronavirus humains (HCoV) regroupe quatre virus qui sont à l’origine d’infections respiratoires modérées, survenant en général en hiver. Ces virus sévissent fréquemment dans les établissements scolaires du Japon. Environ 15 % des affections rhinopharyngées sans gravité sont dues à des HCoV courants. Pour différentes raisons, l’exposition à ce type de virus pourrait rendre moins vulnérable aux coronavirus émergents comme le Covid-19. Les contacts avec les infections spécifiques d’une région renforcent l’immunité innée et favorisent l’immunité acquise, dans une certaine mesure. L’existence d’une souche spécifiquement asiatique pourrait elle aussi expliquer le moindre impact du Covid-19 en Asie qu’en Occident. Mais à ce jour, rien ne permet de dire si c’est le cas ou pas.
(Interview menée par Mochida Jôji, de Nippon.com. Photo de titre : Yoshizumi Kenichi (deuxième à partir de la gauche), maire de l’arrondissement de Shinjuku de Tokyo, en train de contrôler les host clubs – où des hommes proposent leurs services aux femmes – du quartier des plaisirs de Kabuki-chô. Jiji Press)
(*1) ^ N.D.L.R : « Go To Travel » (littéralement « Partez en voyage ») est une campagne qui encourage les voyages à l’intérieur de l’Archipel en offrant des réductions pouvant aller jusqu’à 50 %, notamment sur les frais de transport, d’hôtel et de restaurant, et les attractions touristiques. Bien entendu, Tokyo et ses habitants ne peuvent pas en bénéficier pour l’instant en raison du nombre croissant des cas de coronavirus recensés dans la capitale.
