Entre la mission réussie de l’explorateur d’astéroïde Hayabusa-2 ou la présence d’un Japonais au sein de la Station spatiale internationale (ISS) aux côtés du Français Thomas Pesquet, le Japon est activement engagé dans l’exploration de l’espace. Actuellement, quels sont ses projets en cours et ses atouts ? Nous nous sommes entretenus avec Matsui Takafumi, le directeur du Centre de recherche sur l’exploration planétaire (PERC) de l’Institut de technologie de Chiba.

Les trois piliers de la politique spatiale japonaise

— Le quatrième plan de base de politique spatiale pour les dix prochaines années a été annoncé à l’été 2020. Quels sont les projets du Japon en matière d’exploration spatiale ?

MATSUI TAKAFUMI  J’ai participé à la politique spatiale du Japon bien avant la création de l’actuelle Comité de politique spatiale, lequel a vu le jour sous l’égide du bureau du Cabinet après la suppression en 2012 de la Commission des activités spatiales au sein du ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (MEXT).

Au départ, la politique spatiale japonaise se concentrait sur la recherche et le développement, sous l’égide du MEXT. Cependant, des domaines tels que la sécurité ou l’utilisation de l’espace étaient peu pris en compte, et le budget était limité. Un grand nombre de petites entreprises ont ainsi été découragées de participer au programme. La crainte que le Japon ne soit plus en mesure de construire ses propres fusées pour lancer des satellites dans l’espace était très présente.

Nous avons adopté une nouvelle vision et défini les trois piliers de la politique spatiale japonaise. Premièrement, l’espace doit être en première ligne de la sécurité nationale. Deuxièmement, comme le démontre le système de géolocalisation Quasi-Zénith (QZSS), pour être en mesure de proposer des services de positionnement précis et stables, l’espace doit être utilisé à des fins pratiques. Et troisièmement, un maintien des capacités de recherche et développement est nécessaire, tout en continuant à se concentrer sur la science.

La politique spatiale doit se projeter sur 20 à 30 ans, en définissant des objectifs spécifiques sur des périodes de dix ans. Cependant, de tels projets à long terme n’apparaissent guère dans les politiques gouvernementales japonaises. En termes de budget, la barre maximale était fixée à 350 milliards de yens (2,6 milliards d’euros), rendant difficile toute prévision de l’avenir. Souhaitant remédier à cette situation, nous avons soumis un projet de budget pour l’exercice 2021 d’environ 550 milliards de yens (4,1 milliards d’euros). Nous avons obtenu une enveloppe d’environ 450 milliards de yens (3,4 milliards d’euros).

Objectif Lune avec la NASA

— Le plan de base de la politique spatiale prévoit 35 projets de satellites et d’exploration. Parmi eux, quels sont pour vous les plus importants pour la réalisation des objectifs de la politique des dix prochaines années ?

M.T.  Du point de vue de la sécurité et de la diplomatie nationale, c’est sans aucun doute la participation du Japon au programme Artemis de la NASA, qui vise à envoyer un homme sur la Lune en 2024 et à commencer la construction d’une base lunaire en 2028. Pour l’heure, nous avons seulement pu atteindre l’orbite terrestre basse, mais les États-Unis comme le Japon sont d’accord sur le fait qu’il est dans l’intérêt de la sécurité nationale de nos deux pays d’étendre nos activités à l’orbite lunaire. C’est pourquoi le Japon a décidé de participer au programme.

Un jour, le programme Artemis permettra peut-être à un astronaute japonais de marcher sur la Lune, ce qui marquerait un tournant majeur dans la politique spatiale du Japon.

Là où le Japon se démarque des autres pays

— Pouvez-vous nous citer d’autres projets importants en dehors du programme Artemis ?

M.T.  En fait, la politique spatiale du Japon fait parler d’elle dans le monde entier. Mais ce n’est pas pour notre participation au programme Artemis ou pour le développement du système de GPS Quasi-Zénith et de la fusée H3. Non, d’autres pays font exactement les mêmes choses. Mais là où la politique spatiale japonaise se démarque, c’est dans le domaine de l’exploration scientifique. Peu de pays envoient des sondes dans l’espace pour recueillir des données scientifiques. Le Japon est, je pense, l’un des premiers à le faire. Il est important que nous nous perfectionnions dans ce domaine.

Malheureusement, le budget du Japon n’est que d’un dixième de celui de la NASA. Nous devons donc agir de façon stratégique. C’est pourquoi nous nous concentrons actuellement sur les prélèvements d’échantillons, comme dans le cas de la sonde Hayabusa-2. C’est une stratégie qui nécessite une technologie sophistiquée, mais qui offre également des avantages considérables.

— En parlant de la sonde Hayabusa-2, la JAXA prépare d’autres missions telles que MMX et DESTINY+. Quels sont les objectifs de ces deux missions ?

M.T.  La mission MMX, ou Martian Moons Exploration, est une mission de retour d’échantillons. La sonde rapportera sur Terre des échantillons de Phobos, l’une des deux lunes de Mars. Faisant suite aux missions Hayabusa et Hayabusa-2, ce sera la première mission de retour d’échantillons de l’atmosphère de Mars. Le lancement est prévu en 2024 pour un retour en 2029. Ce tout premier échantillon prélevé sur l’orbite martienne pourrait même nous renseigner sur les origines de la vie dans l’univers.

Quant à DESTINY+ (Demonstration and Experiment of Space Technology for Interplanetary Voyage), dont le lancement est également prévu en 2024, il s’agit d’une mission visant à se rapprocher le plus possible de l’orbite de l’astéroïde géocroiseur Phaéton et à mesurer la quantité de poussière interplanétaire et interstellaire. Avec près de 6 kilomètres de diamètre, Phaéton est le plus gros astéroïde susceptible d’entrer en collision avec la Terre. Un astéroïde se serait brisé il y a 4 600 ans en deux plus petits : celui-ci, Phaéton, et 2005UD, d’environ 1 kilomètre de diamètre. Le nuage de poussière qui s’est formé lors de ce processus d’éclatement serait à l’origine de la pluie de météores des Géminides. Mais, pour l’heure, nul ne saurait dire comment cette poussière s’est détachée de Phaéton. Nous espérons que la mission DESTINY+ nous aidera à faire la lumière sur ce mystère.