Le Japon baisse les bras

Pour un pays qui a été sélectionné pour l’hébergement des Jeux olympiques, le Japon a pris beaucoup de retard dans le démarrage de sa campagne d’immunisation contre le Covid-19. La raison en est que, vu l’incapacité à mettre au point un vaccin local, les autorités japonaises étaient entièrement dépendantes de l’étranger pour l’approvisionnement en vaccins. Reste à savoir pourquoi le Japon s’est abstenu de toute tentative sérieuse de mise au point d’un vaccin.

Voici ce qu’en dit Kimura : « Avant la pandémie de grippe porcine de 2009, l’idée qui prévalait un peu partout dans le monde était qu’il n’y avait pas d’argent à se faire avec les vaccins. Mais la pandémie de grippe porcine a incontestablement montré aux nations occidentales et à la Chine l’importance de la vaccination dans la gestion des risques, et ces pays se sont investis dans ce domaine. Les pays qui ont réussi à mettre au point des vaccins contre le Covid-19 ont investi cent fois plus d’argent que le Japon dans la recherche en ce domaine. Le gouvernement japonais n’ayant investi ni dans la mise au point d’un vaccin ni dans aucune autre forme de recherche fondamentale, nous étions en retard quand le Covid-19 est apparu. »

Au Japon, le déferlement de procès liés aux effets indésirables des vaccins qu’on observe depuis les années 1980 a poussé les sociétés pharmaceutiques nationales à abandonner l’une après l’autre leurs programmes de mise au point de vaccins.

« La société pharmaceutique Shionogi, qui se consacre assidûment à la recherche sur les maladies infectieuses, a investi davantage d’énergie dans la mise au point de vaccins que n’importe quelle autre entreprise japonaise. Au Japon, tant les scientifiques que les laboratoires pharmaceutiques sont aptes à mettre au point des vaccins. Cependant, pour déterminer l’efficacité d’un vaccin et évaluer ses effets indésirables, on ne peut échapper à l’obligation de conduire des essais cliniques impliquant la participation d’une cohorte de quelque 20 000 individus, comme l’a fait Pfizer. Ici, c’est impossible. Jamais, au grand jamais, le Japon ne réussira à mettre au point un vaccin tant qu’il sera dans l’incapacité de conduire des essais cliniques avec au moins 10 000 participants, comme c’est la norme outre-mer. »

Kimura Moriyo. (© Uwadaira Tsunebumi)
Kimura Moriyo (© Uwadaira Tsunebumi)

Kimura explique que, pour les essais cliniques, certains pays occidentaux ont recours à un dispositif qui n’existe pas au Japon.

« Aux États-Unis, des cohortes regroupant des millions d’individus, dont des vétérans de l’armée, des infirmiers et infirmières et des malades du cancer, prennent part aux essais cliniques, que ce soit à titre de volontaires ou en échange d’une rémunération. Le responsable de l’essai sépare les participants en deux groupes, l’un destiné à recevoir le vaccin et l’autre non, puis il veille à la bonne marche des opérations. »

« Faites cela au Japon et on vous accusera d’utiliser les gens comme des cobayes »

Le cas de la Grande-Bretagne met lui aussi en lumière la nécessité de changer d’attitudes au Japon.

« La Grande-Bretagne a effectué à titre expérimental des essais sur des êtres humains, dans lesquels jusqu’à 90 sujets en bonne santé et âgés de 18 à 30 ans étaient mis en isolement et délibérément infectés au Covid-19 dans un endroit sûr, afin de déterminer quelle quantité de virus était requise pour produire une infection, et avec quels autres virus le Covid-19 présentait des similitudes en termes de réponse immunitaire. Faites cela au Japon et on vous accusera d’utiliser les gens comme des cobayes. »

Ceci étant, que le Japon doit-il faire pour parvenir à mettre au point son propre vaccin ?

Le concept d’essai clinique est fermement établi dans les pays occidentaux, ainsi qu’en Chine et en Inde. C’est le recours à ces essais qui a permis à ces pays de mettre au point leurs médicaments. Le Japon, quant à lui, n’a jamais mené le moindre essai clinique de grande ampleur. Il n’existe dans ce pays aucun organisme public, laboratoire, université ou société pharmaceutique aptes à mener un essai d’envergure dans cette optique. La principale raison du retard considérable pris par le Japon dans le domaine de la mise au point des vaccins réside dans l’irrésolution du gouvernement. Pour nous préparer aux pandémies de demain, nous avons avant tout besoin que les pouvoirs publics prennent fermement les choses en main. »

Juste un autre genre de rhume ?

Kimura nous fait part de ses prédictions quant à l’avenir du Covid-19

« On voit sortir à l’étranger des textes qui prédisent que, d’ici une dizaine d’années, le Covid-19 ne sera plus qu’un rhume parmi d’autres. On dénombre actuellement quatre virus de la grippe, et il est probable que le Covid-19 sera tôt ou tard considéré comme une sorte de cinquième genre de grippe. Pour le moment, les personnes d’âge mûr et les personnes âgées vont devoir chaque année se plier ponctuellement à des immunisations. Vu que le virus mute, il est probable que, comme dans le cas de la grippe, différents variants seront associés pour créer le vaccin anti-Covid. »

Le livre de Kimura Moriyo « Dans quelle mesure le Covid-19 est-il vraiment un grave problème ? » (Shingata corona, hontô no tokoro doredake mondai nanoka) ISBN 978-4-86410-825-6

(Photo de titre : un centre de vaccination pris en charge par les Forces d’auto-défense dans l’arrondissement de Chiyoda, à Tokyo. Jiji)