Si les athlètes avaient pu librement exprimer leurs opinions sur les réseaux sociaux lors des JO de Tokyo l’année dernière, qu’en est-il des JO d’hiver de Pékin 2022 (du 4 au 20 février) ? La Chine continue toujours de « recevoir des coups » des quatre coins du monde, sévèrement critiquée au sujet de ses violations des droits humains, notamment par rapport aux minorités ethniques. Les athlètes peuvent-ils être libres de leurs paroles ?
« Exprimez-vous, mais chez vous »
Un mois avant le début des JO d’hiver de Pékin, l’ONG Human Rights Watch a organisé un séminaire au sujet de la communication des athlètes olympiques, avec pour préoccupation majeure les éventuelles conséquences qu’ils subiraient en s’exprimant sur des questions politiques.
Rob Koehler, ancien directeur adjoint de l’Agence mondiale antidopage, et actuel directeur général de Global Athletes, un groupe de pression pour les droits des athlètes, y a alors déclaré : « Le silence pourrait être vu comme de la complicité, mais nous conseillons aux athlètes de ne pas exprimer leurs opinions. Nous voudrions qu’ils prennent pleinement part à la compétition et parlent une fois rentrés dans leur pays. »
Noah Hoffman, un skieur de fond américain qui avait déjà participé à deux olympiades, en a pensé de même : « J’espère que les athlètes vont se taire parce que non seulement ils seraient poursuivis par les autorités chinoises, mais ils risqueraient des censures du Comité International Olympique. » Les sportifs sont mis à l’abri de questions sur ces sujets pour leur propre protection.
Wang Yaqiu, chercheur à Human Rights Watch, a quant à lui expliqué que « les lois chinoises portant sur les crimes qui servent à empêcher la liberté d’expression sont très vagues », signalant que l’État pouvait jouir d’une grande latitude s’agissant des poursuites criminelles si le discours d’une personne était jugé inapproprié.
Des communications sous surveillance par la Chine ?
Les athlètes olympiques se sont demandés aussi s’ils allaient pouvoir utiliser leurs appareils électroniques en Chine. Selon un journal néerlandais, le Comité olympique néerlandais avait demandé à ses athlètes de ne pas emmener leurs smartphones et ordinateurs privés à Pékin, et il avait exprimé des réserves au sujet des activités chinoises d’espionnage, reconnaissant que la cybersécurité était un facteur de risque pour les participants étrangers.
Des services populaires au Japon et dans les pays occidentaux tels que Twitter, Google, Line, Instagram et Facebook ne sont généralement pas disponibles en Chine. Ils laissent la place à des versions chinoises, tels que Sina Weibo au lieu de Twitter, et WeChat comme messagerie. Ces plateformes sont sous surveillance et censure permanentes par le gouvernement chinois.
Selon Kyodo News, les services des principales entreprises numériques occidentales sont disponibles à l’intérieur d’établissements olympiques désignés. Ceci étant, des doutes subsistent quant à la censure des communications à travers les réseaux sociaux, et la liberté d’expression électronique reste une préoccupation majeure.
L’inquiétude autour de Peng Shuai
En novembre dernier, la star de tennis chinoise Peng Shuai s’est servie du réseau social chinois Sina Weibo pour accuser un ancien vice-Premier ministre chinois, Zhang Gaoli, de l’avoir forcée à subir des rapports sexuels. On ignore dans quelles conditions le post a été supprimé par la suite, mais cette affaire a parfaitement illustré le côté opaque de l’approche chinoise envers le contrôle des informations internes. La situation s’est envenimée par la disparition de Peng pendant deux semaines, émettant de nombreuses hypothèses au sujet de sa sécurité à l’international.
Puis de manière soudaine, le gouvernement chinois et les médias en Chine se sont mis à annoncer que Peng allait bien, montrant une vidéo de la sportive toute souriante. Le président du CIO, Thomas Bach, a pu même s’entretenir en vidéo avec elle. Comment le CIO avait-il réussi à rentrer en contact avec la joueuse de tennis ? Aucune explication plausible n’a été émise. Le sujet n’étant plus d’actualité, nous ne savons toujours pas si elle est sauve, et libre...
Peng Shuai n’a pas pu quitter le pays et elle était absente de l’Open d’Australie, à Melbourne, l’un des quatre tournois du grand Chelem. Lors d’une conférence de presse pendant le tournoi, la joueuse de tennis espagnole, Garbine Muguruza a dit aux journalistes : « Je pense que cela sera très difficile de parvenir à la vérité, et qu’elle ne pourra pas s’exprimer librement. Je ne sais pas ce qui se passe, quel est le problème ici. » Comme Muguruza, beaucoup ont encore des doutes sur le véritable sort de Peng.