Deux modèles viables dans les années à venir
Comme je l’ai écrit dans cet article, pour rendre le Japon plus attractif en tant que lieu d’études à l’étranger, il est nécessaire de proposer des cursus qui débouchent sur de réels emplois et qui ouvrent aux étudiants des voies de carrière possibles. Il s’agit notamment d’enseignement et de formation en collaboration avec les entreprises et les collectivités locales, et d’un soutien accru lors de la recherche d’un emploi. Il est également important d’évoluer vers un modèle d’apprentissage efficace et efficient, combinant cours en ligne et cours en présentiel.
C’est dans cette optique que le gouvernement japonais a créé Japan Virtual Campus, ou JV Campus, la première plateforme éducative en ligne. Elle partage du matériel académique entre universités et fournit un contenu compétitif dans le monde entier, tout en proposant des cursus éducatifs attrayants, mettant à l’honneur les forces et qualités qui font du Japon ce qu’il est devenu. Depuis mars 2022, une quarantaine d’universités dont l’Université de Tsukuba et l’Université chrétienne internationale, proposent un large éventail d’informations et de contenus éducatifs en ligne à destination des étudiants étrangers. Les cours de japonais des affaires en particulier rencontrent un grand succès, preuve si besoin en est, de la forte demande dans le domaine de l’aide à la recherche d’emploi, de l’enseignement de la langue japonaise et de l’apprentissage en ligne.
De la même manière, ce sera au tour des écoles d’apprentissage de japonais de revoir leur copie et de s’adapter pour proposer une formation et un enseignement intégrant des cours en ligne. Les universités et autres établissements d’enseignement n’auront d’autre choix que de revoir leur modèle économique, afin de trouver des moyens pour attirer les étudiants étrangers et s’assurer un flux de revenus régulier grâce aux frais de scolarité exigés lors de l’inscription.
Pour de nombreuses universités et écoles, le défi sera alors de trouver un équilibre entre les cours en ligne et les cours en présentiel. Mais ce défi se posera également pour l’établissement en lui-même, qui devra s’interroger sur le possible impact de l’enseignement en ligne sur sa propre réputation. Les deux exemples ci-dessous donnent des clés pour réfléchir à l’évolution des programmes pour les étudiants étrangers au Japon dans les années à venir.
Tout d’abord, l’expansion à l’étranger d’un nouveau type d’école technique connu sous le nom de kôtô senmon gakkô ou kôsen (école technologique). Ce sont cinq années de formation où des élèves de collège reçoivent une formation, spécialisée pour jeunes à la recherche d’un emploi en tant que techniciens ou d’un autre travail plutôt technique. Dans un rapport de 2009 de l’OCDE, les kôsen nippones faisaient l’objet d’un rapport élogieux, menant à une véritable prise de conscience à l’échelle internationale. Au milieu des années 2010, un programme a été mis en place pour soutenir les « cursus kôsen » dans les écoles professionnelles et techniques. Par ailleurs, des kôsen ont ouvert dans des pays comme la Mongolie ou encore la Thaïlande. Proposant une formation pratique correspondant aux besoins des entreprises locales, ces écoles son particulièrement prisées ; leurs élèves sont pratiquement sûrs de trouver un emploi, ou, forts des connaissances et compétences nécessaires, peuvent envisager de poursuivre leurs études au Japon.
Le deuxième modèle possible est incarné par la formation en langue japonaise proposée par l’Institut Seifu des technologies de l’information, qui se trouve à Osaka, en collaboration avec une université d’informatique en Inde. Ce programme propose une formation en langue japonaise pour ceux qui souhaitent étudier au Japon, ainsi qu’un modèle commercial viable en faisant correspondre les besoins des personnes en Inde et au Japon. Il s’agit d’un potentiel d’expansion considérable pour les écoles et les universités japonaises, qui font participer les institutions locales pour recruter des étudiants et proposer des formations. Cela pourrait être un moyen d’attirer des ressources humaines de talent au Japon.
L’institut Seifu s’est également proposé pour accueillir les personnes qui fuient la guerre en Ukraine, et cherche aussi des moyens d’offrir des cours en ligne à celles restées dans le pays. Alors que la situation géopolitique dans le monde entier est de plus en plus instable et qu’un nombre accru de réfugiés doivent fuir leur pays, les études à l’étranger suscitent l’attention en tant que solution pour offrir un endroit sûr, ne serait-ce que temporaire, et de nouvelles opportunités. J’espère que le gouvernement comme les collectivités locales se rapprocheront d’entreprises et de groupes d’aide aux réfugiés et que davantage de réfugiés et de personnes dans le besoin pourront être acceptés au Japon.
(Photo de titre : Pixta en collaboration avec l’École de langue japonaise affiliée à l’Institut technologique de Chûô)