Un pouvoir de contrôle sur son parti diminué

Après ses victoires aux élections sénatoriales qui ont eu lieu immédiatement après sa nomination en octobre 2021, ainsi qu’à celles de juillet dernier à la Chambre basse, le Premier ministre a dû penser qu’il avait durablement renforcé son capital politique. Mais la cote de popularité de son gouvernement qui était selon un sondage de l’agence de presse Jiji de près de 50 % en juillet dernier, a chuté en décembre à 29,2 %. Cet effondrement est lié au problème de la secte Moon, à la décision d’organiser des funérailles nationales pour Abe Shinzô, et aux multiples démissions de ministres.

Kishida Fumio ne s’attendait certainement pas à ce que la mort subite d’Abe Shinzô change radicalement la structure du pouvoir politique. Jusqu’aux élections à la Chambre basse, il a remis à plus tard ses décisions sur les grandes questions susceptibles de diviser l’opinion publique, comme la défense, l’énergie nucléaire, ou la sécurité sociale, en faisant une priorité de la stabilité du pouvoir politique. Si Abe, qui représentait la faction conservatrice du PLD, mettait la pression sur le gouvernement avec des exigences élevées en matière de défense ou de politique économique et financière, c’était aussi un leader fort, capable de mettre sa faction au service du Premier ministre lorsqu’il le fallait.

En perdant ce protecteur, Kishida s’est trouvé contraint de tout contrôler lui-même, et de composer avec les factions du PLD pour ce qui est des principales mesures politiques. On peut penser que c’est cela qui a conduit à ses errements actuels.

L’annonce abrupte à la fin de l’année dernière d’une augmentation des impôts de 1 000 milliards de yens (7 milliards d’euros) pour financer les dépenses de défense a suscité l’opposition de ministres et de parlementaires proches d’Abe. Elle a dévoilé la diminution du contrôle du Premier ministre sur le parti, et si on remarque aujourd’hui ses fragilités dans la conduite du pouvoir, ce pourrait, selon un parlementaire qui joue un rôle central au sein du PLD, être dû au fait qu’il n’y a pas aujourd’hui dans la résidence du Premier ministre un homme qui joue un rôle de bouclier, comme le faisait Suga Yoshihide, le secrétaire général du gouvernement, pour Abe Shinzô.

La conjoncture est une autre source de préoccupation. La hausse des prix de l’énergie, et des prix à la consommation liée à l’invasion russe en Ukraine et à la faiblesse du yen pèse sur les ménages. Le gouvernement et les partis de la coalition ont fait adopter lors de la session parlementaire extraordinaire de l’an passé un second budget complémentaire pour assurer le financement de mesures contre la hausse des prix, mais il se limite à un traitement symptomatique et superficiel, avec des mesures pour alléger le poids de l’électricité et du gaz de ville. Pour l’instant, il n’est pas possible de savoir si elles seront efficaces. Rien ne donne à penser que les salaires vont augmenter, et si la conjoncture continue à stagner, il est à prévoir que l’insatisfaction populaire vis-à-vis du gouvernement ira croissant.

Un remaniement ministériel ou des élections générales ?

Lors d’une conférence de presse de décembre dernier, le dirigeant japonais a affirmé qu’il n’envisageait nullement ni un remaniement de grande ampleur ni des élections générales. S’il se permet de dire les choses aussi clairement, malgré la faiblesse de sa cote de popularité, c’est parce qu’il n’existe pas actuellement au sein du PLD de candidat fort pour le remplacer et parce que la perspective des élections est encore lointaine.

Des cadres du PLD proches du Premier ministre indiquent que pour l’instant la seule chose que puisse faire l’exécutif est de gouverner offensivement, étant donné que si le Parlement était dissous et qu’il y avait de nouvelles élections, le PLD ne les remporterait pas. La faction Kishida ne se classe qu’au cinquième rang des factions du PLD, et le Premier ministre semble décidé à rattraper du terrain en continuant à être l’allié de Motegi Toshimitsu, le secrétaire général du parti à la tête de sa deuxième faction, et d’Asô Tarô, son vice-président, à la tête de la troisième faction du parti.

Le projet de se lancer dans un remaniement de grande ampleur avant l’ouverture de la prochaine session ordinaire du Parlement, pour changer de direction en vue des élections locales unifiées, couve au sein du PLD. Il serait de nouveau question d’ajouter à la coalition gouvernementale PLD-Kômeitô le Parti démocrate du peuple. Une fois terminé le sommet du G7 à Hiroshima, le mandat du Premier ministre comme président du PLD courra encore plus d’un an. S’il souhaite être reconduit dans ses fonctions, il est très probable que la situation politique après le sommet évolue vers une dissolution de la Chambre des représentants, et sa décision sera suivie attentivement.

(Photo de titre : Kishida Fumio en conférence de presse le 10 décembre 2022 après la fermeture de la dernière session extraordinaire du Parlement de l’année. Jiji Press)