Cela fait près d’un an et demi que les Talibans ont repris le contrôle de l’Afghanistan. Le docteur Shaida Mohammed Abdali avait été désigné comme ambassadeur du pays au Japon sous la précédente administration, et il continue de servir son pays depuis Tokyo. Il presse le Japon de jouer un rôle décisif dans l’établissement d’un gouvernement qui puisse mieux servir les intérêts des Afghans.
Coupé du gouvernement
Le docteur Shaida Abdali a été désigné ambassadeur de l’Afghanistan au Japon en mai 2021, mais trois mois plus tard, la ville de Kaboul était reprise par les Talibans, qui y ont établi un gouvernement intérimaire. Bien qu’il n’y ait pas de reconnaissance diplomatique entre le gouvernement japonais et les Talibans, le Japon continue de reconnaître Abdali comme représentant de l’Afghanistan, mais son ambassade à Tokyo ne reçoit plus de fonds du gouvernement afghan.
Utilisant ses sources de revenus limitées, comprenant notamment des donations et les frais des demandes de visa, l’ambassade continue d’offrir du soutien aux réfugiés et au résident afghans de l’archipel. Le docteur Abdali maintient également fréquemment le contact avec le ministère des Affaires étrangères japonais ainsi qu’avec les officiels et les politiciens, et milite pour plus d’aide humanitaire en Aghanistan et pour la tenue de conférences de donateurs à Tokyo.
Nous nous sommes entretenus avec le docteur Abdali dans l’ambassade d’Afghanistan (situé dans le quartier de Roppongi à Tokyo), devenue bien calme depuis qu’elle a été obligée de diminuer ses opérations et de laisser partir près de 70 % de ses employés.
L’aide japonaise a permis de construire de nombreuses écoles
De quelle manière l’ambassadeur voit-il l’état actuel de l’Afghanistan ?
« Puisque le retour des Talibans en août 2021 a entraîné la sortie de l’Afghanistan de la communauté internationale, le commerce est morose, l’économie empire encore davantage et le taux de chômage monte, et de plus en plus de gens vivent dans la pauvreté. Les Afghans continuent de fuir le pays. L’Afghanistan a non seulement souffert de sécheresses et d’inondations, mais en juin 2022, de nombreuses personnes ont été affectées par le tremblement de terre majeur qui a touché l’est du pays. Et avec l’arrivée de l’hiver, la situation est de plus en plus grave. Les citoyens afghans ont besoin d’une assistance complète, en particulier dans les zones rurales. Bien que je ne représente pas le gouvernement taliban actuellement au pouvoir, je continue à agir à Tokyo pour l’Afghanistan, parce que mon peuple a besoin de toute l’aide possible. »
Après la chute du gouvernement des Talibans en 2001, les Japonais ont pu établir une relation privilégiée avec l’Afghanistan. Abdali note que les Afghans considèrent le Japon comme le pays le plus capable de mener les efforts pour continuer à les soutenir. « L’aide japonaise n’est pas liée à la politique ou à l’action militaire », dit-il. « Je dirais plutôt qu’elle est donnée pour des raisons amicales. Depuis le début de l’occupation actuelle, le Japon s’est déjà engagé à donner une aide humanitaire importante à l’Afghanistan, qui a été déployée via l’ONU et d’autres organisations. »
« Pendant les 22 dernières années, le Japon a joué un rôle très important pour soutenir l’Afghanistan. En 2002 et en 2012, Tokyo a organisé deux importantes conférences de donateurs qui ont permis de lever des milliards de dollars d’aide de la communauté internationale. L’aide japonaise a permis de construire de nombreuses écoles et beaucoup d’infrastructures sociales. » (Voir notre article : Les cartables japonais « randoseru » contribuent à l’éducation des petits afghans)

La précieuse contribution du docteur Nakamura Tetsu
En particulier, selon le docteur Abdali, la contribution du docteur Nakamura Tetsu, chef du service médical de la paix (PMS Japan) de l’organisation caritative « L’Association de Peshawar », symbolise ce que sont les vraies valeurs japonaises. Il avait été tué dans un attentat en décembre 2019.
« Le docteur Nakamura est une personne qui a décidé de quitter le confort du Japon pour vivre parmi les personnes les plus pauvres du monde, des gens à qui tout le monde a tourné le dos. Bien qu’il ait réussi à sauver de nombreuses vies en tant que médecin, il a ensuite eu à faire face à d’importantes sécheresses. Ayant décidé que les maladies pouvaient être traitées plus tard et qu’il fallait tout d’abord assurer la survie des gens, il s’est détourné de la médecine pour se lancer dans l’aide à l’agriculture, et a construit un canal de drainage de 27 kilomètres. » Pour cette construction, le docteur a emprunté certaines des méthodes utilisées à l’époque d’Edo (1603-1868) pour construire le barrage de Yamada sur la rivière Chikugo qui coule à travers la préfecture de Fukuoka dont le docteur Nakamura est natif.
Le caractère franc du docteur Nakamura a beaucoup ému les Afghans, déclare Abdali.
« Portant des sacs de pierres sur son propre dos, il a travaillé avec les ouvriers pour construire le canal, a planté des millions d’arbres, et a transformé un désert de mort en désert de vie. Les graines que le docteur Nakamura a semées seront transmises à la nouvelle génération et porteront leurs fruits. Il est définitivement entré dans le cœur de tous les Afghans. Le docteur Nakamura n’est malheureusement plus parmi nous, mais son héritage perdure toujours. »
