Le vieillissement démographique et le dépeuplement en arrière-plan
« À Hokkaidô, la diminution de la population en zone rurale et son vieillissement font que le nombre de fermes n’y est plus qu’un sixième de ce qu’il était il y a cinquante ans. Les surfaces cultivées sont restées à peu près les mêmes, mais celle de chaque ferme est devenue six fois plus importante. La mécanisation à grande échelle de l’agriculture a par conséquent beaucoup progressé. »
L’automatisation de l’agriculture et son corollaire, le dépeuplement, créent pour les ours un accès plus faciles aux cultures. Dans les zones de production laitière, le gouvernement subventionne la production de culture fourragères afin d’augmenter l’autosuffisance des exploitations, et les surfaces consacrées à la production de maïs denté sont en rapide progression. Pour les ours higuma, cette plante, tout comme la betterave et le maïs doux, deux cultures de rapport, constituent des délices inégalés.
« Pendant la période qui va de fin août à décembre, moment où les ours commencent leur hibernation, ils ont davantage d’appétit que pendant le reste de l’année. Durant la période de soudure (août-septembre), avant que les glands et autres noix sauvages ne soient mûrs, les herbes et le feuillage dont ils se nourrissaient depuis le printemps sont moins abondants, et ils ont moins à manger dans leur milieu naturel. C’est aussi à cette époque qu’ils trouvent aussi plus de maïs qui arrive alors à maturité. »
La question des ours est fortement liée à celle du vieillissement démographique, ajoute M. Satô. « Les villages agricoles en montagne se vident, et l’influence humaine diminue à l’avant-poste de la frontière entre l’homme et les animaux sauvages. »
« Le problème est que la politique nationale actuelle est la même qu’à l’époque où les hommes étaient capables de repousser les animaux sauvages dans leur habitat d’origine par la seule force du nombre. Les hommes réfléchissent à une organisation qui leur permet de maintenir leur prospérité même lorsqu’ils sont moins nombreux, par des initiatives comme les « villes intelligentes » (smart city), les « villes compactes » (compact city), ou l’agriculture intelligente, mais ils ne s’intéressent pas aux animaux sauvages qui ont regagné des forces, et ce n’est que maintenant qu’ils y pensent. »
Ne pas s’en remettre aux chasseurs, mais former des experts
Quel est le premier sujet de préoccupation de Satô Yoshikazu aujourd’hui ?
Voici sa réponse :
« On entend de plus en plus dire que la coexistence avec les ours est impossible. Plus personne ne réfléchit à ce qu’il faudrait faire. Il y a eu un débat qui portait sur le fait que depuis dix ans, les ours ont élargi leur aire de répartition, dans lequel on se demandait si on pouvait tolérer que leur nombre continue à croître. Les chercheurs ont insisté sur la nécessité de poster dans les territoires concernés des personnes dont la mission serait de gérer les animaux sauvages comme les ours, les cerfs sika, ou encore les sangliers, mais cela ne s’est quasiment pas fait. »
Il existe, selon lui, des collectivités locales qui ont mis en place des initiatives innovantes pour créer des territoires résistants aux dégâts causés par la faune sauvage. Dans la préfecture de Tottori, par exemple, la direction des forêts s’occupe à la fois de la question de la faune sauvage, de sa protection, et des mesures pour prendre en charge les dégâts qu’elle cause. Des organismes en lien avec cette direction mènent des activités de recherches sur la faune sauvage, notamment par le comptage. La préfecture envoie aussi des formateurs spécialistes de ce sujet dans les communes, et ces derniers agissent comme un lien entre les habitants des territoires et l’administration, ainsi qu’entre les communes et la préfecture.
« Mais le plus fréquent est que les préfectures s’en remettent aux communes, et que celles-ci confient la mission aux associations de chasseurs. Elles regroupent des gens qui pratiquent la chasse comme un passe-temps, et qui n’ont pas été formés à la gestion de la conservation, un sujet que ces associations ne maîtrisent pas. Elles se sentent responsables vis-à-vis de la communauté locale et prennent des mesures pour répondre au problème posé par les ours du mieux qu’elles peuvent. Toutefois, les chasseurs aussi vieillissent, et il n’y a pas assez de gens qui veulent assurer leur mission. »
« L’administration a aussi besoin d’une structure pour former et employer des chasseurs. Les ours vont continuer à causer des dommages sur un territoire très vaste. Si on n’inclut pas dans les budgets des mesures pour former des spécialistes et les envoyer là où ils sont nécessaires, il ne se produira que la même chose qu’actuellement. »