Avons-nous tiré des leçons du 11 mars 2011 ?

Selon le ministère du Territoire, des Infrastructures, des Transports et du Tourisme, le raz-de-marée a inondé une zone de plus de 190 hectares dans les municipalités de Suzu, Noto et Shika. L’étude réalisée par le comité de gestion des côtes maritimes de la Société japonaise des ingénieurs du génie civil montre que les communes d’Akasaki et de Shishizu à Shika ont été frappées par un tsunami de 5,1 mètres de haut. Preuve de la puissance de son impact, à Hôryû, sur la zone côtière de Suzu, le tsunami a creusé le littoral, il a également déplacé des bateaux et des voitures, mais aussi balayé les bâtiments plus fragiles et entraîné avec lui un flot de débris. L’asphalte endommagé témoigne par ailleurs de la puissance du tsunami. De forts courants ont mis les routes côtières à nu.

Le tsunami a mis à bas de nombreux bâtiments fragiles, mais d’autres sont restés intacts. Le puissant tsunami qui s’était formé au large à l’occasion du tremblement de terre du 11 mars 2011 est entré très loin à l’intérieur des terres, détruisant tout sur son passage. Quant à celui de Noto, la côte a été éclaboussée par le cycle relativement court du tsunami et son ressac a rogné les plages. Pourtant, une partie de sa puissance s’est peut-être dissipée avant qu’il n’atteigne des zones habitées.

Nous n’aurons aucune certitude tant que la zone n’aura pas fait l’objet d’une étude approfondie, mais les photographies aériennes des bâtiments endommagés semblent montrer que le sol a été inondé. Comme cette partie du site est à 2 à 3 mètres au-dessus du niveau de la mer, le tsunami devait faire au moins 4 mètres. L’inondation s’est étendue sur plusieurs centaines de mètres à l’intérieur des terres. Elle aurait pu être beaucoup plus étendue mais les mouvements tectoniques auraient contribué à la circonscrire. En effet les données de l’Institut d’études géographiques du Japon suggèrent que Suzu a été surélevée par le tremblement de terre. Si la zone s’était enfoncée, les inondations auraient couvert une plus grande superficie. De même si Wajima n’a pas été touchée de manière significative par le tsunami ce que la commune aurait été beaucoup plus soulevée que Suzu.

Les habitants de Noto ont-ils cherché à fuir l’arrivée du tsunami ? Juste après la catastrophe du 11 mars 2011, le gouvernement a promulgué une loi pour développer au niveau régional la prévention en cas de tsunami, chaque préfecture a dû établir une carte des risques décrivant le pire des scénarios en cas de phénomène de ce type. La carte des risques d’Ishikawa a été révisée en mars 2012 et distribuée à tous les habitants de la préfecture.

Comme ont pu en témoigner ces derniers, de nombreux exercices d’évacuation inspirés de l’expérience du 11 mars ont eu lieu dans la péninsule de Noto. Après le séisme, ils ont rapidement su évacuer et on a pu penser que les leçons avaient été tirées. Mais les exercices n’ont pas été réitérés partout dans la péninsule et il semble que lors du séisme du Nouvel An l’évacuation ait eu lieu dans la confusion. Certains problèmes n’avaient pas été prévus, il y a eu des embouteillages car de nombreux résidents ont tenté de fuir en voiture et certains centres d’évacuation n’étaient pas ouverts.

L’évacuation immédiate est la clef

Pour évacuer, le temps est toujours limité, comment l’utiliser au mieux ? Les alertes provenant de l’Agence météorologique japonaise tombent en général trois minutes après les tremblements de terre, mais dans certains cas, le tsunami peut avoir déjà déferlé. Les failles de la mer du Japon sont tendanciellement plus étroites et moins longues que celles du Pacifique. Il est très important de se réfugier en hauteur dès que l’on ressent des secousses. Si on travaille, pêche, surfe ou nage sur la côte, on doit se réfugier à l’intérieur des terres dès la première forte secousse. Il faut savoir que les tsunamis s’engouffrent aussi rapidement dans les embouchures de fleuves, ces zones doivent également être rapidement évacuées.

Un séisme suivi d’un tsunami risque de se produire dans un avenir proche dans la fosse de Nankai. La double catastrophe de Noto doit nous faire comprendre combien il est important d’évacuer rapidement, nous devons tirer les leçons de notre histoire et nous préparer aux catastrophes à venir. Pour que les tragédies passées ne se reproduisent pas, nous devons apprendre du passé et tirer les leçons du 11 mars. La défense civile du Japon a été forgée à cette aune.

Si le tremblement de terre du 1er janvier 2024 a certes généré un tsunami, je pense toutefois que la publication de ces cartes de risque en cas de séisme faisant mention des zones à risque en cas d’inondation et les exercices d’évacuation menés notamment depuis le 11 mars 2011 ont contribué à minimiser les pertes. Mais par ailleurs, à Niigata, des liquéfactions de terrain ont touché par deux fois les mêmes sites dans plusieurs zones de la préfecture. Les projections basées sur les données du passé permettent d’éviter de nombreux dommages. Il est important de diffuser l’information et d’apprendre du passé. Puissent ces données être largement reprises et diffusées à toutes les personnes concernées. Il nous faut créer des centres d’archive afin de diffuser l’information et partager les données déjà recueillies dans le cadre de ces activités.

(Toutes les photos sont de Iwamura Fumihiko, sauf mentions contraires. Photo de titre : de la fumée s’élève des ruines après les incendies ayant ravagé Wajima. Photo prise le 2 janvier 2024, le lendemain du tremblement de terre de la péninsule de Noto. © Jiji)