Un intérêt grandissant dans le monde universitaire comme dans le public

J’habite au Japon depuis 2012 et j’enseigne actuellement dans une université. Comme dans de nombreux pays, peu de cours étaient consacrés à l’Ukraine dans les universités japonaises. Même dans les établissements d’enseignement spécialisés dans les études sur l’Europe centrale et orientale, les questions relatives à l’Ukraine étaient largement abordées du point de vue russe, sans être considérées dans une perspective globale. Avant 2022, sur les quelque 800 universités japonaises, celles qui avaient intégrées la langue ukrainienne parmi leurs matières se comptaient sur les doigts d’une main.

Pour réellement devenir un expert d’un pays, il faut lire et écrire dans sa langue. Sans cela, il est difficile de comprendre son histoire et ses réalités sociales. Mais d’un autre côté, la diffusion de l’histoire et de la langue de l’Ukraine favorisera une perception plus juste du pays ; bien plus encore, elle renforcera la coopération internationale pour résister à la Russie et à ses ambitions de remodeler l’ordre mondial. Plus les années passent et plus j’en suis convaincue.

J’ai commencé à me demander ce que je pouvais faire pour soutenir mon pays et pour amener les gens à s’y intéresser. La réponse, je l’ai trouvée grâce à un cours ouvert que j’ai commencé à donner en 2022, à l’université où je travaille. Il s’appelle « Histoire et culture de l’Ukraine », et attire à chaque fois des dizaines de participants. Devant le sérieux de leur engagement, j’ai enfin l’impression que les Ukrainiens peuvent maintenant raconter leur propre histoire, en tous les cas leur propre version.

L'auteure présente un cours sur l'histoire et la culture ukrainiennes à l'université chrétienne d'Ibaraki. Photo prise en octobre 2023 (avec l'aimable autorisation de Yuliya Dzyabko).
L’auteure présente un cours sur l’histoire et la culture ukrainiennes à l’université chrétienne d’Ibaraki. Photo prise en octobre 2023 (avec l’aimable autorisation de Yuliya Dzyabko).
Nihon ga shiranai Ukraina (« L'Ukraine inconnue du Japon ») est maintenant disponible en libraire au Japon. (Photo avec l'aimable autorisation de Yuliya Dzyabko)
Nihon ga shiranai Ukraina (« L’Ukraine inconnue du Japon ») est maintenant disponible en libraire au Japon. (Photo avec l’aimable autorisation de Yuliya Dzyabko)

Un jour, il y avait une femme de 70 ans qui assistait au cours et je lui ai demandé pourquoi elle avait décidé de venir. Elle m’a répondu : « J’ai commencé à aider le peuple ukrainien, mais je me suis rendue compte que je ne connaissais pas grand-chose du pays en lui-même. Si j’apporte mon aide à un pays, alors je dois le comprendre ». Ses mots simples m’ont profondément émue et m’ont apporté la certitude que la situation avait vraiment évolué.

Autre chose : les publications sur l’Ukraine sont de plus en plus nombreuses. Il ne s’agit plus seulement de politique, d’histoire ou d’affaires militaires. Il y a maintenant des œuvres littéraires, des journaux de guerre de première main et de nombreuses traductions de genres très variés. Tout cela contribue grandement à une véritable compréhension de l’identité ukrainienne.

Planter les graines de la solidarité

Au cours des trois dernières années, les interactions entre les peuples ukrainien et japonais n’ont cessé de se multiplier et de s’intensifier. Actuellement, environ 4 000 ressortissants ukrainiens vivent au Japon, la moitié d’entre eux ayant été évacués grâce au soutien du gouvernement japonais. Et ils sont actifs ; ils participent à des événements d’échanges internationaux dans tout le Japon et proposent eux-mêmes des expositions et des rassemblements pour soutenir l’Ukraine, avec l’aide d’organisations non gouvernementales notamment.

Un autre exemple notoire est le groupe Stand with Ukraine Japan, un groupe principalement fondé par des ressortissants ukrainiens qui habitent ici au Japon. Ils se réunissent deux fois par mois à Tokyo, avec le soutien d’alliés japonais. Il s’agit notamment d’organiser des manifestations pacifiques, où ils brandissent des pancartes contre la guerre ou encore des drapeaux ukrainiens.

Une femme manifeste son soutien au pays en portant un drapeau ukrainien lors d'une manifestation, en novembre 2024 à Tokyo. (© Yuliana Romaniv)
Une femme manifeste son soutien au pays en portant un drapeau ukrainien lors d’une manifestation, en novembre 2024 à Tokyo. (© Yuliana Romaniv)

L’ASBL Kraiany est un autre groupe important de soutien à l’Ukraine. C’est la communauté ukrainienne au Japon qui a la plus longue histoire parmi les groupes promouvant les échanges entre les Japonais et les Ukrainiens. En mai de l’année dernière, le café ukrainien Kraiany, dans la ville de Mitaka (préfecture de Tokyo), a organisé un événement auquel j’ai assisté et qui a attiré de nombreux visiteurs japonais. L’un des participants, un sexagénaire, a déclaré : « Les Ukrainiens m’apprennent leur histoire et leur culture. Et comme cela, nos interactions s’approfondissent ». Ces efforts dévoués portent incontestablement leurs fruits.

Peu à peu, les Japonais commencent à voir l’Ukraine différemment. Ils la voient de plus en plus comme un pays qui lutte pour sa liberté et son indépendance. Connaître et comprendre, cela prend du temps, mais les relations entre les pays ne commencent-ils toujours pas par des liens entre leurs nations ? Pour conclure, j’aimerais sincèrement exprimer ma gratitude, en tant qu’Ukrainienne, au peuple japonais.

(Photo de titre : des membres du groupe Stand with Ukraine Japan lors d’un événement en soutien à l’Ukraine dans l’arrondissement de Shinjuku, à Tokyo, le 17 novembre 2024. Yuliana Romaniv).