Une aide insuffisante pour compenser les victimes de deuxième génération
Fin 2021, l’année de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Abe, une « loi sur la prévention des sollicitations abusives de dons » a été adoptée à la hâte. Mais on peut avancer que cette législation a pour principal objet des mesures destinées à compenser les victimes de « première génération », c’est-à-dire les dommages causés par les sollicitations abusives de dons. La mère de l’accusé est concernée, mais cette législation ne prévoit quasiment rien pour les victimes de deuxième génération. En outre, même les mesures visant la « première génération » sont insuffisantes parce qu’elles ne vont pas plus loin qu’un « devoir de diligence » vis-à-vis des méthodes d’évangélisation qui cachent leur jeu, comme celle qui a entraîné la conversion de la mère de Yamagami et de bien d’autres personnes.
La « loi sur la prévention des sollicitations abusives de dons » stipulait explicitement qu’elle serait revue deux ans après son adoption, mais l’Agence de la consommation a publié en septembre dernier un rapport selon lequel une révision n’était pas nécessaire pour l’instant, car elle s’engageait à suivre attentivement sa mise en œuvre, renonçant ainsi de facto à l’obligation prévue par la loi. Il devrait y avoir des mesures pour compenser les dommages subis par des familles qui se sont appauvries, dans le prolongement de celles prévues pour compenser les dommages subis par les consommateurs. Or, l’Agence des consommateurs ne semble pas disposée à assumer ce rôle. Dans ces conditions, il demeure difficile, à l’heure actuelle, d’apporter une aide effective aux victimes de « deuxième génération », telles que Yamagami Tetsuya. La loi contre les violences faites aux enfants n’a pas non plus été révisée, et le niveau des compensations financières accordées aux victimes de violences est trop bas.
Vers une loi sur l’enregistrement des agents étrangers
Le gouvernement et le parlement tardent bien trop à prendre la mesure des infiltrations dans le monde politique. En réalité, c’est autour de la promulgation d’une loi contre l’espionnage que le débat a enfin commencé, à savoir la « loi sur la réglementation des lobbyistes ». Dans la pratique, il s’agit d’une loi relative à l’enregistrement des agents étrangers.
Des mesures de ce genre, contre les infiltrations de puissances étrangères dans le monde politique, en rendant obligatoire l’enregistrement des agents étrangers, existent en Europe et aux États-Unis, et elles sont autant nécessaires que la loi sur l’espionnage. La secte Moon est un véritable problème d’infiltration étrangère dans le monde politique japonais. Aux États-Unis, cette loi d’enregistrement des agents étrangers a permis de condamner en 1984 Sun Myung Moon, le fondateur de la secte Moon, à une peine de prison pour évasion fiscale.
Quand on pense que si l’enquête sur les soupçons de corruption pesant sur ce groupe religieux en Corée du Sud avait débuté plus tôt, Abe Shinzô n’aurait peut-être pas envoyé le fameux message vidéo et n’aurait peut-être pas non plus été ensuite assassiné. On ne peut qu’avoir l’impression qu’il s’est produit un enchaînement d’événements malheureux.
De même, si l’assistance aux victimes n’avait pas été laissée en jachère au Japon, l’argent des fidèles japonais de la secte n’aurait peut-être pas été utilisé dans des manœuvres politiques au Japon et en Corée, autrement dit grâce à une sorte de blanchiment. À cet égard, il est important que les deux pays adoptent des lois efficaces contre ce crime.
En y réfléchissant davantage, ces mesures de lutte doivent être fondées sur une juste perception du phénomène sectaire. Dès l’origine, comme le montrent les « dix critères permettant d’évaluer la déviance sectaire » établis en France, la question de l’aide aux victimes de sectes, tout comme celle de l’infiltration de ces mouvements religieux dans la sphère politique, constitue un enjeu commun à l’ensemble des pays.
Se référer à la loi française contre les sectes
Plus de trente ans après les attentats de la secte Aum en 1995 dans le métro de Tokyo, les mesures contre les sectes sont de fait quasiment inexistantes, et cela explique que celles-ci continuent à causer des dommages au Japon. Pourquoi de telles affaires se produisent-elles ? Comment faire pour les empêcher ? Le Japon n’a pas encore apporté de réponses à ces questions.
Nous devons nous référer aux législations adoptées par les autres pays, à commencer par la loi française contre les sectes. Tant que la question des compensations pour les victimes de deuxième génération ne sera pas résolue, elle continuera à fermenter, et elle constituera une grave question de droits humains. Il est temps d’agir.
Le 19 janvier, la Première ministre Takaichi Sanae avait annoncé la dissolution de la Chambre des représentants (pour le 23). On murmure que cette annonce faite juste avant le verdict du procès Yamagami visait aussi à éviter que l’attention du public ne soit attirée par la vieille histoire des liens entre le PLD et la secte Moon, mais on peut aussi estimer que dissoudre à un tel moment pouvait au contraire mettre à nouveau cette question en évidence. La société dans son ensemble, y compris les médias, ont aussi leur part de responsabilité dans le vide des mesures de lutte contre les sectes. Ne devons-nous pas nous confronter dans ces élections à ces trente ans de vide depuis les attentats de la secte Aum ?
(Photo de titre : Abe Shinzô et Donald Trump avaient tous deux envoyé un message vidéo à une manifestation organisée en septembre 2021 par la Fédération pour la paix universelle [FPU], un organisme lié à la secte Moon. © FPU)