Développer la prospérité dans les zones montagneuses reculées

— Parallèlement à votre participation aux efforts en vue de trouver un règlement aux conflits armés, avez-vous un projet politique en ce qui concerne l’assistance aux groupes ethniques du Myanmar ?

SASAKAWA   Je pense que l’agriculture a une importance cruciale. Il y a des régions du Myanmar où l’on peut obtenir deux, voire trois récoltes de riz par an. Pour les régions montagneuses du pays, je pense que la variété la plus appropriée est le riz Nerica, ou « nouveau riz pour l’Afrique », auquel les programmes d’aide aux pays d’Afrique ont souvent recours. La raison en est qu’on peut le cultiver dans des champs non irrigables. Outre les initiatives se rapportant au riz, il conviendra aussi de promouvoir les produits agricoles à forte valeur ajoutée.

Jadis, la région frontalière du Myanmar, de la Thaïlande et du Laos était appelée « triangle d’or » en référence à la culture illégale des narcotiques qui s’y pratiquait. Le Japon s’est efforcé de contribuer à l’éradication de ces cultures en encourageant la conversion des paysans à celle du sarrasin (soba), mais ce fut un échec total. En effet, si les acheteurs de narcotiques étaient tout disposés à se déplacer jusqu’aux villages pour s’approvisionner, pour les paysans qui cultivaient le sarrasin, la seule façon d’écouler leur production consistait à la transporter eux-mêmes jusqu’aux marchés. Et dans les régions qui ne disposaient pas d’une infrastructure routière adéquate, les cultivateurs n’avaient aucun moyen de transporter leur récolte.

À mesure que l’on va de l’avant, il va falloir cultiver des produits garantissant une augmentation régulière du revenu de tous les agriculteurs, même ceux des minorités ethniques vivant en altitude. Une solution que je recommanderais réside dans la culture des plantes médicinales à forte valeur ajoutée.

J’ai parlé un peu plus haut des boîtes de remèdes traditionnels distribuées par la Nippon Foundation. La production de ces remèdes nécessite de grandes quantités de plantes médicinales. Si les paysans des régions montagneuses du Myanmar cultivaient ces plantes, il deviendrait beaucoup plus facile pour nous de nous approvisionner en plantes destinées au projet des boîtes médicinales. Nous souhaitons apporter une aide aux paysans de ces régions désireux de cultiver des plantes médicinales. Cela leur permettrait d’accroître leurs propres revenus tout en employant les remèdes produits pour se soigner eux-mêmes. On ferait ainsi d’une pierre deux coups.

J’ai l’intention de faire équipe avec une association médicale du Myanmar pour mettre en place un système de cliniques mobiles conçues pour fournir des prestations médicales aux collectivités des minorités ethniques. Nous avons en outre décidé, pour faire face au problème des blessures provoquées par les conflits armés qui ravagent la région, de construire des écoles de formation à la fabrication de membres artificiels ou à la création d’organisations d’aide aux invalides.

« Boîtes médicinales » (okigusuri) contenant des remèdes traditionnels destinés aux habitants d’un village proche de Naypyidaw, la capitale du Myanmar, février 2009. Photo : Nippon Foundation