J’entends le Fuji qui m’appelle

Photo : Ohyama Yukio

À 51 ans, Ohyama Yukio publia son album Fuji — Mer d’arbres qui lui entièrement consacré. C’est l’aboutissement de dix ans à errer dans l’océan de verdure aux pieds du mont Fuji. Ohyama lui-même qualifie son style photographique de proche du Shûgendô, l’acétisme des montagnes. Quand il part en prise de vue avec sa chambre grand format et son trépied, il emporte uniquement huit plaques, c’est à dire qu’il ne peut prendre que 8 photos par session. Il ne déclenche donc l’obturateur qu’après avoir longuement conversé et communiqué avec la montagne, et que celle-ci a accepté de lui montrer quelque chose. Ce sont de très enviables moments de plénitude.

« Quand je marche dans la mer d’arbres, il m’est plusieurs fois arrivé de me sentir partie intégrante de la forêt. J’aiguise à l’extrême toutes mes sensations en faisant le vide en moi, et là, je sens que je rencontre l’esprit ou l’âme de la forêt. C’est vraiment une atmosphère sacrée qui emplit la mer d’arbres. »

« Quand je suis plongé dans la mer d’arbres, je sens parfois le Fuji s’approcher de moi. Je marche seul au plus profond de la forêt et je sens comme une voix qui m’appelle. “Hé, Ohyama ! Viens vite dans mon monde !”… quelque chose comme ça. Peu à peu, c’est comme de voyager dans une autre dimension. Souvent, la photo que je prends à ce moment se révèle posséder une lumière incroyable, même pour moi. »

L’esprit de la montagne sacrée respire

Cela fait maintenant 40 ans que Ohyama, qui a aujourd’hui 61 ans, vit avec le Fuji. Quelle signification revêt pour lui le fait que le mont Fuji soit maintenant inscrit au patrimoine culturel de l’humanité ?

« Le mont Fuji n’est pas simplement une belle montagne. C’est une montagne sacrée, où respirent tous les esprits du Japon ancien. Ici se trouve l’origine de l’animisme japonais. J’aimerais que les visiteurs étrangers qui viendront voir le Fuji ressente cette spiritualité. Car aucune autre forêt dans le monde ne possède la spiritualité de la mer d’arbres. Je ne peux pas m’empêcher de penser que sur le mont Fuji sont cachées des portes qui donnent sur un autre monde inconnu.

Avec le mont Fuji inscrit au patrimoine culturel mondial, les visiteurs étrangers viendront plus nombreux faire son ascension. J’espère qu’ils se laisseront gagner par son charme inconnu pour eux. Pour le serviteur du Fuji que je suis, c’est une joie inattendue que d’autres personnes approchent les valeurs cachées de cette montagne.

(Texte et interview : Kondô Hisashi, de Nippon.com. Photographies : Kodera Kei)