Pourquoi la Select Sale connaît-elle un tel succès ?
La première année, quand le Club Shadai Diners pur-sang avait organisé une visite des haras, à peine une trentaine de participants étaient venus. Aujourd’hui, c’est devenu un événement majeur, avec plus de 2 000 visiteurs en une seule saison. Certains événements annuels comme les « réunions de membres » qui permettent de rencontrer directement des jockeys vedettes sont devenus très courus.
L’apparition de grands champions parmi les chevaux gérés par des sociétés-clubs a également de quoi mettre les membres en joie. Ces dernières années, des chevaux de classe internationale sont apparus parmi les chevaux sélectionnés par le Club Shadai pur-sang, comme Heart’s Cry, vainqueur de la Dubaï Sheema Classic en 2006 et père de Justaway, ou Stay Gold, vainqueur de la Hong Kong Vase en 2001 et père de Orfèvre, deux fois deuxième au Prix de l’Arc de Triomphe.
Cette proposition d’une nouvelle façon de se familialiser avec le monde des courses de chevaux a permis de constituer une « armée de réserve » de futrurs propriétaires de chevaux individuels, et cela a certainement partie liée avec le succès actuel de la Select Sale.
« En dehors de la société-club, le groupe Shadai gère également un système de copropriété pour les détenteurs d’une licence de propriétaire de cheval. Le nombre des membres s’élève à environ 1 000 personnes, dont plus de la moitié sont issus de la société-club, sans doute, mais qui sont devenus des propriétaires à titre individuel. Ils sont de plus en plus nombreux à participer à la Select Sale, cette année ils avaient affrété trois autocars pour venir. »
Les vrais connaisseurs du monde équestre sont de plus en plus nombreux
Pour Yoshida Katsumi, le développement de l’activité de reproduction des étalons a suivi la croissance de la société-club.
« Le club entrait dans sa phase de croissance, et on voyait enfin se constituer une clientèle solide. Et c’est alors, par hasard, que les premiers enfants de Northern Taste(*3) ont commencé à courir. Et là, enfin, j’ai été soulagé. Je me suis dit : « plus besoin de se faire de souci pour le salaire des employés ! » Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que nous avons pu commencer à acheter des étalons.
Auparavant, le groupe Shadai n’avait pas les moyens d’importer des étalons vraiment exceptionnels, et ne pouvait acquérir que des descendants au pedigree un peu faible en Europe et aux États-Unis. Puis…
« Nous avons réussi à acquérir pour un prix relativement raisonnable un yearling (cheval né l’année précédente) avec un excellent pedigree, que nous avons décidé d’élever nous-mêmes comme reproducteur. »
C’est ce cheval qui allait devenir le grand reproducteur japonais Northern Taste. La même méthode a été répétée avec succès pour Real Shadai et pour Jade Robbery.
« Le premier vrai cheval de première classe, sans le moindre défaut, que nous avons pu acheter, a sans doute été Tony Bin(*4). Il a hérité de la place de l’étalon “tête de liste” (le meilleur étalon reproducteur) qu’avaient occupée avant lui Northern Taste et Real Shadai. Ensuite, comme vous le savez, l’arrivée de Sunday Silence(*5) a bouleversé la cartographie des pedigree du monde entier. Il a été un cheval miracle, il n’y a pas d’autre mot pour en parler que de dire qu’il a été un don de Dieu. »
Aujourd’hui, les professionnels des courses hippiques ne quittent pas des yeux les pur-sang du Japon, à la recherche des descendants de Deep Impact, lui-même fils de Sunday Silence. Et pour Yoshida Katsumi, c’est en s’appuyant sur le système des sociétés-clubs que la groupe Shadai a pu s’imposer dans l’activité de reproduction.
« Grâce au système des sociétés-clubs, même des employés de bureau peuvent acquérir une part de leur cheval favori sans aller au-delà de leurs moyens. Et de notre position en tant qu’éleveur, nous avons bénéficié du sponsoring de très nombreux amateurs de courses hippiques. Et l’effet n’est pas seulement financier. Cette passion et cet enthousiasme qu’ils infusent dans les courses de chevaux fait d’eux des connaisseurs du monde hippique. Quand un cheval obtient des résultats en course, le bonheur de ses propriétaires ou des membres de sa société-club se communique et de nouveaux enthousiastes se présenteront pour acheter le cheval suivant. Et cela nous motive encore plus à mettre tous nos efforts dans l’obtention de chevaux encore meilleurs. »
(Texte réalisé à partir d’une interview faite en japonais, à la Northern Farm, en septembre 2016)
(*1) ^ Créé en 1998, le plus grand marché de chevaux de course du Japon, parrainé par la Japan Racing Horse Association.
(*2) ^ Né en 2002 à Abira-chô, Hokkaidô. 6e cheval de l’histoire à avoir remporté les trois grandes classiques japonaises : le Prix Satsuki, le Tokyo Yûshun (Derby japonais) et le Prix Kikka. Il décède des suites d’une fracture des vertèbres cervicales le 30 juillet 2019
(*3) ^ Northern Taste. Né en 1971 au Canada. Vainqueur du Prix Laforêt (France G1). Fut étalon tête de liste au Japon de 1982 à 1992 années.
(*4) ^ Tony Bin. Né en 1983 en Irlande. Vainqueur du Prix de l’Arc de Triomphe, puis importé au Japon comme étalon reproducteur. Étalon tête de liste au Japon en 1994.
(*5) ^ Sunday Silence. Né en 1986 aux États-Unis. Après avoir remporté un certain nombre de G1, fut importé au Japon comme reproducteur. Fut étalon tête de liste au Japon pendant 13 ans, de 1995 à 2007. Deep Impact est son descendant le plus célèbre.

