Le pouvoir fascinant des sabres japonais

— Le sabre japonais a toujours voulu répondre à deux valeurs : celle pratique, en tant qu’arme de combat, et celle esthétique, en tant qu’œuvre d’art. Les armes pour usage réel en combat ne sont plus fabriquées actuellement, mais est-il vrai qu’autrefois, pour éprouver leur tranchant, les lames étaient testées en tuant de vrais hommes ?

MIYAIRI  À l’époque des samouraïs, on testait les lames en fonction du nombre de cadavres de condamnés à mort décapités qu’elles parvenaient à couper en deux. On entassait les cadavres les uns sur les autres, et si d’un seul coup de sabre on en coupait un, c’était une lame de « 1 corps », si on en coupait deux, c’était une lame de « 2 corps », etc. Ou encore, on sabrait un cadavre de condamné par en bas, et si on parvenait à couper jusqu’à la clavicule, l’endroit le plus difficile à trancher, alors la lame était réputée de « grand œuvre ».

N’oubliez pas que, dans les feuilletons historiques télévisés ou au cinéma, si vous voyez un combattant faire des moulinets à une seule main avec son sabre, c’est parce que son sabre est un faux. Les vrais sabres pesaient entre 1 et 3 kilos, donc loin d’être des choses que vous agitiez à la légère. En duel, la moindre erreur pouvait vous coûter la vie, au point que des sources écrites indiquent que de grands maîtres du sabre, comme Miyamoto Musashi et Sasaki Kojirô, restaient face à face le sabre levé pendant une demi-journée, avant de déclencher une offensive .

— La majorité des chefs-d’œuvre aujourd’hui sont des armes d’apparat, c’est-à-dire des armes à admirer. Une lame qui cherche une valeur esthétique n’a pas nécessairement d’efficacité réelle, par contre, elle requiert une expertise réelle de la part de celui qui l’admire. Alors en quoi consiste cette beauté des sabres japonais ?

MIYAIRI  La valeur esthétique d’un sabre japonais réside dans la beauté de sa forme générale, et dans celle des motifs en forme de vagues (hamon) qui apparaissent naturellement sur la lame après sa trempe, et qui témoignent de la qualité du métal lui-même. Les épées d’autres pays aussi ont des motifs gravés ou des parures, mais leurs valeurs sont décoratives, tout comme la bijouterie. La valeur esthétique d’une lame japonaise ne recherche pas la décoration pour elle-même, mais plutôt le savoir-faire artisanal qui laisse la beauté du métal s’exprimer.

Les trois trésors sacrés du Japon sont un miroir, un joyau et une épée. Autrement dit, depuis les temps les plus anciens, les Japonais ont éprouvé le pouvoir mystérieux des objets qui brillent. C’est la raison pour laquelle nous attachons de l’importance à la technique du polissage et que nous la développons depuis si longtemps.

Étudier la beauté des katana permet d’en apprécier de plus en plus la profondeur. Je reçois parfois des commandes d'autres pays, et certains étrangers sont de très bons connaisseurs des sabres japonais.

Le tamahagane est la matière de base pour la confection d’un sabre japonais. Un taux de carbone homogène est obtenu par cinglage.
La lame forgée est ensuite polie sur des meules de plus en plus fines.
Un petit katana (tantô) de toute beauté de Miyairi Norihiro. Un chef-d'œuvre qui rappelle les lames du grand maître Bizen Osafune Kagemitsu de la fin de l’époque de Kamakura. Une pureté du métal évoquant la « transparence » procure de l’apaisement dans le cœur de celui qui l’admire.