Une image « indigne » pour un yokozuna ?
On a souvent fait remarquer que certaines attitudes et certaines paroles de Hakuhô étaient problématiques, venant d’un yokozuna, titre autrefois révéré comme « dieu vivant ». Par exemple, alors qu’on attend d’un lutteur qu’il ne montre jamais ses émotions sur le ring, qu’il gagne ou qu’il perde, Hakuhô levait souvent le poing en signe de victoire après ses combats. Et ses interviews très « directives », dans lesquelles il entraînait les journalistes à de véritables joutes oratoires ont souvent suscité la controverse. On l’a jugé arrogant… Si vous voulez mon avis, c’est une idée fausse. Le Hakuhô que je connais depuis ses débuts a toujours été un jeune homme plein de bonne humeur et d’insouciance, qui adore le sumo plus que tout.
Dans la dernière partie de sa carrière, le grand champion a certes de plus en plus souvent eu recours aux hijiuchi (coups de coude) et aux harite (gifles) pour assurer une victoire, alors que ce qu’on attend d’un yokozuna est qu’il gagne par la dignité de la force tranquille, pas par la violence. Personnellement, je vois plutôt le sens du devoir considéré comme absolu de celui qui s’est élevé au-dessus de l’homme ordinaire, quelque chose de totalement différent du champion de n’importe quel autre sport : « Un yokozuna ne perd jamais. »
Le lien entre le sumo et le Japon, vu par Hakuhô
Il y a deux ans, lors d’une tournée à Kyûshû (sud-ouest du Japon), j’ai eu l’occasion de réaliser une interview exclusive avec Hakuhô pour un magazine.
À cette occasion, il m’a expliqué la signification réelle du shiko, le rite des lutteurs qui lèvent haut la jambe et frappent le sol avec leur pied avant un combat. « Il s’agit d’éradiquer le mal qui se trouve sous la terre. » Et il m’a raconté un épisode parlant : « Après le grand tremblement de terre du Tôhoku qui a provoqué la catastrophe de Fukushima en mars 2011, les répliques sismiques étaient tellement nombreuses que les gens n’osaient plus dormir. Mais je suis allé faire une cérémonie d’entrée sur le ring en tant que yokozuna, et quand je suis revenu, on m’a dit que le lendemain, les répliques avaient totalement cessé. J’ai compris ce jour-là qu’il y avait un lien spécial entre le sumo et le Japon. »
L’un des secrets du succès de Hakuhô en tant que yokozuna pendant plus de 14 ans est son attachement indéfectible aux anciennes méthodes d’entraînement du sumo, le shiko et le teppô (poussée alternée bras tendus). Il a également étudié l’histoire du sumo avec un vif intérêt, et possède plus de connaissances sur ce sport que les lutteurs japonais. De ce fait, il est bien placé pour transmettre les bonnes traditions du sumo à ses élèves. J’ai de grands espoirs pour sa seconde carrière en tant que magaki oyakata (le titre que Hakuhô a obtenu après sa retraite).
(Voir également notre article : Une journée type dans une écurie de lutteurs de sumo)
(Photo de titre : Hakuhô riant après avoir projeté Nagayama Hitoshi, l’auteur du présent article, sur une plage à Honolulu, Hawaï, en juin 2007. Photo de l’auteur)

