L’attrait de Murakami à l’international
La bibliothèque comprend des œuvres de Murakami traduites en plus de 50 langues. Que pense Robert Campbell des écrits de l’écrivain ?
« Les œuvres de Kawabata Yasunari et Tanizaki Jun’ichirô, entre autres, ont été découvertes à l’étranger par le biais de l’orientalisme. Par exemple, La Danseuse d’Izu, Pays de Neige et Le Grondement de la Montagne, de Kawabata, tournent autour des observations japonaises sur la vie et la mort, et le monde naturel. Il me semble que Murakami Haruki est passé outre tout ces thèmes pour écrire à partir d’une perspective différente. »
La première rencontre de Robert Campbell avec Murakami Haruki est survenue vers la fin des années 80, lorsqu’il a lu la version originale en japonais de La Ballade de l’Impossible.
« Feuilleter le livre revenait à ressusciter plein d’images du Japon de l’ère Shôwa (1926-1989), mais ce n’était pas le thème central de l'œuvre. Chaque lecteur, au Japon ou ailleurs, pouvait en faire son propre récit et le lire en partant de sa propre perspective. »
« Il y a aussi le contexte historique. À l’époque où la notoriété de Murakami devenait internationale, des mouvements pour la démocratie survenaient partout dans le monde. En Corée par exemple, beaucoup ont perdu la vie pendant les grandes révoltes d’étudiants. Toute une génération secouée par des déchirures dans une époque troublée cherchait à bâtir une société civile ancrée dans des valeurs nouvelles, et c’est pendant cette période que les œuvres de Murakami ont connu un énorme succès parmi les jeunes. Et même en Chine qui commençait à s’ouvrir vers la fin des années 80, et en Europe de l’Est, pendant les révolutions qui ont mené à la démocratie suite à la chute de l’URSS, les jeunes étaient frappés par les fictions de Murakami.
« Sa fiction n’est pas particulièrement politique, et elle ne tourne pas autour de la violence, des conflits, ou des disparités. Je pense néanmoins que les lecteurs ont apprécié sa façon de mettre en évidence les contradictions et la duplicité de la société créées par les générations précédentes, et sa représentation du ressentiment d’impuissance des jeunes.
Depuis les années 90, on trouve les œuvres de Murakami dans les librairies des aéroports partout dans le monde, mais ceux-ci ne sont pas classées en tant que littérature japonaise. Murakami est le premier auteur japonais à aller au delà d’une simple qualité nationale. Ceci le rend exceptionnel dans le cercle de la littérature mondiale. »
Et nous voici actuellement de plus en plus piégés par la pandémie de Covid-19 et la segmentation de la société. Comment la littérature pourra-t-elle nous apporter un rayon de soleil ? Tout indique que Murakami Haruki voudra prendre part à cette quête en jouant un rôle concret dans cette bibliothèque à son nom.
Un espace agencé comme un café littéraire
La bibliothèque se situe dans un bâtiment de l’Université Waseda abritant autrefois des amphithéâtres et dont la reconversion a été confiée à l’architecte japonais de renommée mondiale Kuma Kengo, à l’origine du bâtiment du Musée d’art Suntory à Tokyo, du Fonds régional d’art contemporain (FRAC) de Marseille ou plus récemment du Stade olympique des Jeux de Tokyo-2020.
En plus de la pléiade d’ouvrages de l’auteur disponibles en plus de 50 langues, la bibliothèque contient notamment une réplique du bureau de l’écrivain et un studio de radio. Un café tenu de A à Z par quelques étudiants de l’université propose, entre autres boissons, des petits plats comme le « curry Murakami ».
Maison internationale de la littérature de l’Université Waseda
- Accès : quelques minutes de marche de la station de métro Waseda (ligne Tôzai) ou de la ligne de tramway Toden Arakawa (voir le plan sur le site)
- Horaires : 10 h à 17 h
- Site officiel (en anglais) : https://www.waseda.jp/culture/wihl/en
Quelques-uns de nos articles sur Murakami Haruki :
- L’influence du jazz dans les romans de Murakami Haruki
- Un « effet Murakami Haruki » sur la littérature japonaise en traduction ?
- Quand Murakami Haruki parle de voitures...
(Reportage et texte d’Itakura Kimie, de Nippon.com. Toutes les photos sont de Hanai Tomoko. Photo de titre : Robert Campbell assis sur les marches entre le sous-sol et le rez-de-chaussée de la maison internationale de la littérature de l’Université Waseda, ou « Bibliothèque Murakami Haruki ». Cette architecture en forme de tunnel a été imaginée par l’architecte Kuma Kengo comme une sorte de passage entre le monde réel et un autre univers.)
