Octopus-kun aux affaires
Le 1er avril, trois semaines après le tsunami, Abe a été nommé directeur du centre communautaire d’Iriya. L’intérieur des terres de la région d’Iriya était moins endommagée et est devenue la porte d’entrée des volontaires. Alors qu’il dirigeait les activités de rétablissement en tant que responsable de la zone, il a rencontré environ 140 membres de la faculté et des étudiants de l’Université Taishô (Tokyo), venus pour offrir leur soutien. C’est devenu un tournant majeur pour lui et pour Minami-Sanriku.
Un jour d’avril, un étudiant qui avait entendu parler d’Octopus-kun a suggéré de le réactiver. Dans les premiers temps après la catastrophe, le concept humoristique d’Octopus-kun n’était sans doute pas très approprié. Mais les choses avaient évolué, et l’idée a poussé Abe à négocier avec un entrepreneur de sa connaissance à Takaoka, dans la préfecture de Toyama. Dès le mois de mai, 500 mascottes Octopus-kun étaient vendus lors d’un marché aux puces au lycée de Shizugawa.
Développons Octopus-kun comme une affaire commerciale à succès, cela rendra le moral à notre ville ! Le mois suivant, l’association Fukkô-dako no kai (Association du Poulpe pour la Reconstruction de Minami-Sanriku) était formée, et en juillet, un nouvel atelier était aménagé dans une école désaffectée, « YES Kôbô ». En novembre, la statue de bronze d’Octopus-kun était dédiée au sanctuaire Hachiman. Les commandes ont continué à affluer, pour un chiffre d’affaires annuel de près de 100 millions de yens (790 000 euros).
Devant l’activité économique générée par Octopus-kun, la municipalité a étudié l’opportunité de faire de celui-ci un yuru-kyara, la mascotte officielle de la ville, et de produire un costume en peluche pour multiplier ses apparitions dans les médias. Certaines voix se sont opposées à ce projet, trouvant l’idée inappropriée. Mais M. Abe et son équipe sont allés jusqu’au bout, et Octopus-kun est officiellement le yuru-kyara de Minami-Sanriku en juillet 2012. (L’expression yuru-kyara est l’abréviation du terme japonais yurui, prenant ici la signification de « relaché, tranquille », et du terme anglais character, pour « personnage ».)
Parallèlement à l’initiative Octopus-kun, un projet a été lancé pour créer un lieu d’étude et d’apprentissage à Minami-Sanriku. Le projet a fait des progrès significatifs, avec le soutien financier de l’Université Taishô.
Le lieu pour accueillir ce centre de formation est d’ores et déjà achevé depuis mars 2013. Depuis son inauguration, il a accueilli chaque année plus de 30 groupes universitaires et d’entreprises. Il bénéficie d’une excellente image auprès du grand public et plus de 8 500 personnes y séjournent chaque année.
Quand la crise sanitaire s’en mêle
Les activités d’Abe Tadayoshi et son équipe portaient leurs fruits. Quand, alors que les revenus se stabilisaient, l’épidémie de coronavirus a frappé.
Le centre Iriyado été particulièrement touché. Occupation en baisse de 52 % en 2020 par rapport à l’année précédente, et des recettes en baisse de 36 millions de yens (285 000 euros). L’activité a été maintenue en recourant au crowdfounding et aux subventions locales. Mais la situation reste difficile. Le concept reposait sur la formation par l’expérience du travail de terrain pour le développement local. Mais ce créneau étant fermé, que peut-on vendre à la place ? Actuellement, l’entreprise met des vidéos de visites de projets, et d’autres produits en ligne pour compenser.
Les ventes d’Octopus-kun ont également diminué de moitié par rapport au pic atteint pendant l’effort de reconstruction...
« Le défi principal est le financement. Je dois m’en occuper moi-même. Ce sont une trentaine d’emplois qu’il s’agit de préserver », dit Abe en serrant les dents.
À vrai dire, M. Abe avait prévu de se retirer lorsque les affaires se seraient stabilisées. La catastrophe du Covid-19 a fait voler ce plan en éclats. Il ne s’aurait s’agir de laisser la tâche à quelqu’un dans ces circonstances : « Je ne peux pas être irresponsable à ce point. »
« Les gens me disent souvent de m’accrocher. Mais s’accrocher n’est pas un souci. Après le séisme, je n’ai pas dormi pendant quinze jours, mais à par ça, je me sentais parfaitement bien. La difficulté n’est pas de travailler dur, mais de produire des résultats ».
Ce qu’il faut, maintenant, c’est des résultats. Et pour cela, améliorer la situation commerciale difficile de la crise sanitaire. Abe se donne à fond pour cet objectif, mais de temps en temps, il se demande si c’est bien pour la ville qu’il le fait.
« Je vous ai parlé de ces formes de vie qui sont apparues après le tsunami. Mais qui me dit que je ne suis pas une cellule cancéreuse ? Est-ce que la ville a réellement besoin de ça ? Une personne plus âgée que moi est tombée malade par surcharge de travail. Et j’ai peur que ce soit de ma faute. »
D’un autre côté, il reste cette motivation de répondre aux souhaits des victimes qui ont laissé leur vie pendant le tsunami.
Le tsunami a décimé les cadres de la ville et un grand nombre de fonctionnaires municipaux. Abe n’a pas oublié tout ce qu’il a appris d’eux dans sa carrière. De nombreux jeunes de la région ressentent une grande admiration pour lui, devant ce qu’il a accompli. Plusieurs diplômés de l’Université Taishô se sont installés à Minami-Sanriku à la suite de leur stage bénévole. Abe Tadayoshi reste tourné vers l’avenir, et espère leur passer le relais dans de bonnes conditions.
(Photo de titre : Abe Tadayoshi, l’homme à idées de Minami-Sanriku, est à la tête de plusieurs projets depuis qu’il a pris sa retraite de la mairie en 2015)


