Les lutins ZiZi montrent le chemin

Pendant les trente premières années, Chûichi s’est occupé tout seul du mont Ajisai. Mais il y a une dizaine d’années, à l’époque où il a eu quatre-vingts ans, son frère Tsunekatsu, de huit ans son cadet et à la retraite, a commencé à lui donner un coup de main.

Miyazaki Shôsaku, un professeur à la retraite ayant enseigné dans une école primaire du centre de Tokyo, s’est aussi rapproché de lui après avoir emménagé dans une maison achetée par son père dans la région. Miyazaki, qui a fait appel à la population locale et à ses anciens élèves pour former un groupe de supporters appelé Hana no Kai (Association des fleurs), fait office de lien avec l’administration locale.

Parmi les personnes contaminées par la passion de Chûichi il faut encore citer Tomonaga Akimitsu, l’homme qui a sculpté les lutins en bois, les créatures féériques appelées « ZiZi de la forêt » qui servent de poteaux indicateurs sur la route qui mène au mont Minamizawa Ajisai à partir de la gare de Musashi Itsukaichi.

Sculpteur célèbre, Tomonaga a créé ces marionnettes pour une série télévisée diffusée par NHK de 1979 à 1982. Il y a environ 35 ans, il est venu s’installer dans la région et a construit un atelier et une maison à proximité du mont Ajisai. Entre-temps, il a transformé une ferme construite il y a 150 ans pour en faire un musée, qui a ouvert en 2002.

Situé à une quinzaine de minutes à pied du mont Ajisai, le musée fantastique ouvre sur une cour dallée de pavés ronds.
Situé à une quinzaine de minutes à pied du mont Ajisai, le musée fantastique ouvre sur une cour dallée de pavés ronds.
Tomonaga est né en 1944 dans la ville de Shimanto, préfecture de Kôchi. Parmi les objets exposés dans son musée figurent les marionnettes de la série NHK, ainsi que d’autres œuvres en bois, gravures sur bois et objets d’art.
Tomonaga est né en 1944 dans la ville de Shimanto, préfecture de Kôchi. Parmi les objets exposés dans son musée figurent les marionnettes de la série NHK, ainsi que d’autres œuvres en bois, gravures sur bois et objets d’art.

Perpétuer le rêve

Malgré l’afflux de soutiens, le projet du mont Ajisai continue de reposer sur les épaules de Chûichi.

Toutefois, à l’approche de son 90e anniversaire, il a commencé à se dire : « Je dois trouver quelqu’un pour prendre la relève pendant que je suis encore valide. »

C’est alors que deux jeunes entrepreneurs d’Akiruno ont déclaré qu’ils aimeraient bien marcher sur ses traces.

Takamizu Ken et Minamishima Yûki, tous deux nés en 1990, avaient joué ensemble dans l’équipe de base-ball de leur université. En 2016, ils se sont associés pour fonder une société de production et de vente de produits locaux d’Itsukaichi, dans le cadre d’un projet de rénovation de la ville. Au nombre de leurs spécialités figurait l’Amacha.

« L’Amacha est une variété issue d’hortensias de montagne, et nous pensions qu’il pousserait bien sur le mont Ajisai. Nous avons demandé à Chûichi si nous pouvions le cultiver au sommet de la montagne », dit Takamizu.

Chûitchan a commencé à commercialiser Thé d’Ajisai (Amacha) en 2019. Aujourd’hui environ 500 de ces arbustes sont cultivés au sommet du mont Ajisai sur une parcelle située à 460 mètres d’altitude. (Avec l’aimable autorisation du mont Minamizawa Ajisai)
Chûitchan a commencé à commercialiser Thé d’Ajisai (Amacha) en 2019. Aujourd’hui environ 500 de ces arbustes sont cultivés au sommet du mont Ajisai sur une parcelle située à 460 mètres d’altitude. (Avec l’aimable autorisation du mont Minamizawa Ajisai)

Les deux hommes ont été profondément touchés par leur rencontre avec Chûichi et par l’histoire de sa vie.

« Le mont Ajisai est un trésor local et une ressource touristique essentielle pour la ville d’Akiruno. Nous ne savions absolument rien des hortensias, mais nous lui avons demandé si nous pouvions nous impliquer d’une façon ou d’une autre. Nous avions besoin de ses conseils. »

C’est ainsi que Takamizu et Minamishima sont devenus les apprentis de Chûichi.

Pendant 30 ans, l’accès à la montagne a été gratuit pour le public. Lorsque Chûichi a eu 70 ans, il a placé une boîte à l’entrée de la montagne et demandé une participation volontaire de 300 yens par personne. Mais pour l’essentiel, il a financé lui-même l’intégralité du projet. Takamizu et ses amis sont intervenus et ont installé un comptoir de réception ouvert à la saison des hortensias, où 500 yens étaient perçus pour l’entrée et 500 pour le stationnement. Après quoi, ils ont lancé une campagne de collecte de fonds.

En 2021, Kazue, la fille de Chûichi a ouvert son atelier Cazue de fleurs sèches au-dessus du garage de la famille. C’est là qu’elle fabrique et vend des couronnes et d’autres produits à base d’hortensias cueillis durant l’été.
En 2021, Kazue, la fille de Chûichi a ouvert son atelier Cazue de fleurs sèches au-dessus du garage de la famille. C’est là qu’elle fabrique et vend des couronnes et d’autres produits à base d’hortensias cueillis durant l’été.

Hanasaka Jii, le vieil homme qui fait s’ouvrir les fleurs

S’occuper du mont Ajisai en tant que successeur de Chûichi n’est pas une sinécure.

« La taille est le travail le plus éreintant. Il est vraiment difficile de décider quelles branches couper et quelles autres laisser telles quelles », dit Minamishima, qui a un emploi du temps d’autant plus chargé qu’il doit aussi s’occuper de son café à l’extérieur de la gare de Musashi Itsukaichi et de son terrain de camping.

Chûichi est un peu gêné de voir les efforts acharnés que déploie son successeur.

« Comment est-ce possible qu’il faille autant de temps pour apprendre quelles branches couper et quelles autres laisser telles quelles ? Sur la montagne, il y a toujours quelque chose à faire. Les plantes poussent vite. Les fleurs et la météo ne vont pas vous attendre ! »

Les deux jeunes hommes écoutent en silence les doléances de Chûichi.

« S’il s’agissait juste de s’occuper des hortensias, je suis sûr qu’un jardinier professionnel ferait beaucoup mieux. Mais cela ne suffit pas pour perpétuer l’esprit qui animait Chûichi lorsqu’il a démarré son projet. Nous ne savons rien des hortensias, mais j’ai la certitude que nous sommes plus déterminés que quiconque lorsqu’il s’agit d’interpréter ses sentiments et de veiller à ce que cet endroit soit transmis intact aux générations à venir », dit Minamishima.

À côté de lui, Chûichi sourit comme un grand-père en charge de ses petits-enfants.

« Tant que mon corps me le permettra, je continuerai de grimper en haut de la montagne pour leur transmettre mon savoir. Mais seul Bouddha sait jusqu’à quand je peux le faire. Bon, je laisse la relève à ces deux-là. Ils vont devoir se débrouiller tout seuls. »

(Note : Chûitchan est mort en juillet 2023 à l’âge de 93 ans. Photo de titre : Minamizawa Chûichi, le créateur du mont Ajisai, au centre, et ses successeurs, Takamizu Ken [à gauche] et Minamishima Yûki. Avec l’aimable autorisation du mont Minamizawa Ajisai. Autres photos : Amano Hisaki, de Nippon.com, sauf mention contraire.)