Les progrès de la mêlée japonaise et des botteurs

En attendant, c’est au niveau de la mêlée que les progrès ont été les plus spectaculaires. Sous les conseils minutieux et répétés de l’entraîneur Hasegawa Shin sur la position et l’angle des pieds, la hauteur des genoux, la proximité des huit avants, etc., la mêlée japonaise, parfaitement compacte, n’a pas vacillé du tout sous la pression des lourdes mêlées de l’Angleterre, des Samoa et de l’Argentine.

Par le passé, l’équipe japonaise pouvait rivaliser avec les meilleures équipes du monde lorsqu’elle faisait circuler le ballon rapidement, mais elle était inévitablement distancée dans les mêlées et autres batailles locales, là où la puissance physique est l’atout primordial. Lors de cette Coupe du monde, cependant, trois essais contre le Chili, deux contre les Samoa et un contre l’Argentine ont été marqués en sortie de mêlée. Bien qu’il n’ait marqué aucun essai contre l’Angleterre, le Japon a fait jeu égal en mêlée jusqu’à la 20e minute de la seconde mi-temps et a réussi à obliger l’Angleterre, qui comptait les submerger dans le jeu d’avants, à renoncer à sa stratégie.

Un autre facteur positif a été la précision en coup de pied arrêté du demi d’ouverture Matsuda Rikiya. En très petite forme avant la Coupe du monde, il s’est révélé pendant le tournoi avec une réussite de 19 tirs sur 20 au total, soit un taux de réussite excellent de 95 %. Notons de même trois des quatre matchs avec une réussite de 100 %, à l’exception du match contre les Samoans. En 2015, Goromaru Ayumu, le symbole de la percée du Japon grâce à la précision de ses coups de pied, n’en avait réussi que 77 %, et Tamura Yu en 2019 71 % ; aucun des deux n’avait jamais réussi tous ses coups de pied en un match de Coupe du monde.

Matsuda a remporté le prix du meilleur botteur de Ligue 1 la saison dernière (53/62 avec un taux de réussite de 85,3%). Le fait que le meilleur botteur de Ligue 1 ait obtenu des résultats sous pression sur la grande scène de la Coupe du monde devrait être un encouragement non seulement pour Matsuda lui-même, qui vise la Coupe du monde dans quatre ans, mais aussi pour les botteurs japonais qui suivront ses traces. Le message est clair : « Si vous obtenez des résultats en Ligue 1, vous pouvez aussi être compétitif sur la scène mondiale. »

Matsuda a obtenu un taux de réussite en coups de pied arrêtés de 95 %. Clairement une arme de classe internationale. À Nice, le 17 septembre 2023 (Jiji)
Matsuda a obtenu un taux de réussite en coups de pied arrêtés de 95 %. Clairement une arme de classe internationale. À Nice, le 17 septembre 2023 (Jiji)

La route vers le sommet : il reste des problèmes

L’équipe japonaise a failli se mesurer aux meilleurs, mais elle n’a pas réussi à battre l’Angleterre et l’Argentine. Alors que les plus puissantes équipes en lice pour le championnat savent concrétiser un essai à la moindre occasion qui leur sont laissées, le Japon n’a pas réussi à marquer d’essais même lorsqu’il s’est globalement bien comporté. Contre l’Angleterre, les Japonais se sont présentés en position favorable devant l’en-but adverse à trois reprises sans marquer. Contre l’Argentine, neuf bonnes occasions n’ont donné que trois essais, et ce n’est que contre le Chili que le Japon a engrangé un point de bonus offensif.

Le rugby mondial évolue rapidement. Alors que de nouvelles tactiques apparaissaient tous les quatre ans lors de la Coupe du monde, ces dernières années, de nouvelles combinaisons de jeu et de nouvelles structures apparaissent chaque année et font l’objet de recherches rapides. La technologie analytique continue d’évoluer en termes de logiciels et de matériel, et les tactiques qui étaient à la pointe du progrès hier feront l’objet de recherches approfondies et de contre-mesures demain.

Dans la lutte pour le sommet, en plus d’une préparation minutieuse, il faut une prise de décision instantanée pour profiter de la moindre opportunité quand il s’en présente une, ce qui exige des compétences en communication pour les partager avec les coéquipiers, la capacité de les exécuter avec constance et la résistance mentale et physique pour les soutenir. Nous ne gagnerons pas tant que nous n’aurons aucun de ces éléments. Malgré cela, cette Coupe du monde a prouvé que l’équipe japonaise s’est élevée à un niveau tel que la bataille au sommet, que l’on ne voyait auparavant que de loin depuis le pied de la montagne, est désormais à portée de main.

Dans quatre ans, l’équipe nationale japonaise, avec des joueurs plus expérimentés, sera prête à relever le défi d’atteindre le sommet du monde. À ce moment-là, la distance et le chemin vers le sommet seront beaucoup plus clairs qu’ils ne l’étaient cette fois-ci.

(Photo de titre : Himeno Kazuki, capitaine de l’équipe japonaise, contre l’Argentine, le 8 octobre 2023, à Nantes. Jiji)