La France demande des couleurs

Loin de l’image austère que beaucoup peuvent avoir de la ferronnerie, Iwachû joue la carte de la couleur, proposant toute une gamme de théières et de brûleurs d’encens disponibles dans de nombreux coloris. Et ça marche, puisqu’ils représentent environ 70 % des ventes de l’entreprise. Par ailleurs, précisons qu’environ 40 % des ventes se font à l’étranger, notamment en Europe et en Amérique du Nord, et dans d’autres pays d’Asie, chose pour le moins inhabituelle dans l’artisanat traditionnel.

Une touche de modernité a été apportée à salle de vente de Morioka, pour sa réouverture en novembre 2019 (© Iwachû).
Une touche de modernité a été apportée à la salle de vente de Morioka, pour sa réouverture en novembre 2019 (© Iwachû).

Ces théières aux couleurs chatoyantes sont en fait le fruit d’un rapprochement entre l’entreprise Iwachû et un magasin de thé français. Ce dernier appréciait les modèles de l’entreprise nippone mais recherchait des couleurs plus vives pour correspondre aux goûts locaux. Une telle demande était aux antipodes de l’image de la ferronnerie Nanbu tekki et de ses codes esthétiques. Cela n’a pas arrêté pour autant le président de l’entreprise, qui a accepté la demande. Pour lui, Iwachû se doit d’être à l’écoute des besoins de ses clients et de fabriquer des objets en accord avec leur époque. Cela n’a pas été facile mais au bout de deux ans, grâce à un travail manuel acharné, l’atelier a réussi à relever le défi ; appliquer la couleur sur une sous-couche, elle-même appliquée à chaud pour donner un nouveau look, original, à ses produits.

Colorées à l’extérieur et émaillées à l’intérieur, ces théières sont de véritables objets de collection, tout en restant relativement abordables (7000 yens). Hors des frontières de l’Archipel, les prix sont en moyenne multipliés par 2,5, ce qui ne rebute pas pour autant un grand nombre de passionnés (©Iwachû).
Colorées à l’extérieur et émaillées à l’intérieur, ces théières sont de véritables objets de collection, tout en restant relativement abordables (7 000 yens, soit 50 euros). Hors des frontières de l’Archipel, les prix sont en moyenne multipliés par 2,5, ce qui ne rebute pas pour autant un grand nombre d’amateurs (©Iwachû).

Des ustensiles victimes de leur succès

Jadis, le marché japonais était extrêmement développé, si bien que l’entreprise ne s’intéressait guère à l’export. Mais lors de l’éclatement de la bulle économique en 1991, l’entreprise s’est sentie confrontée à un avenir plus qu’incertain. Elle s’est alors intéressée de plus près aux marchés étrangers, comptant coûte que coûte s’y faire une place. Elle a fini par proposer des théières traditionnelles Nanbu tekki aux couleurs vives. Et le succès a de suite été au rendez-vous. Aujourd’hui, en Europe et en Amérique du Nord, le nom « Iwachû » est tout de suite synonyme d’une théière Nanbu tekki.

Aux bouilloires et théières sont venues peu à peu s’ajouter des ustensiles de cuisine telles que des casseroles et des poêles à frire. L’atelier est devenu le plus important lieu de fonte de fer Nanbu tekki du Japon, produisant environ un million de pièces par an.

Victime de son succès, cette cafetière a été en rupture de stock pendant un certain temps (©Iwachû).
Victime de son succès, cette cafetière a été en rupture de stock pendant un certain temps (©Iwachû).
Iwachû propose également des ustensiles de cuisine mieux adaptés à la cuisson par induction (©Iwachû).
Iwachû propose également des ustensiles de cuisine mieux adaptés à la cuisson par induction (©Iwachû).

Succès des bouilloires traditionnelles noires en Chine

Pour Iwachû, à chaque marché sa stratégie d’approche, car les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Si en France et en Amérique du Nord, la tendance est aux couleurs vives, en Allemagne et dans le nord de l’Europe, on préfère les couleurs sombres.

Technique d’application de la couleur à l'atelier ; la bouilloire est chauffée à environ 250ºC tandis que sa surface est laquée (©Iwachû).
Technique d’application de la couleur à l’atelier ; la bouilloire est chauffée à environ 250ºC tandis que sa surface est laquée (©Iwachû).

Si les théières aux couleurs vives se vendent comme des petits pains dans les pays occidentaux, en Chine, c’est tout le contraire. Les mots d’ordre sont plutôt luxe et sobriété ; ce sont les modèles traditionnels noirs qui se vendent le mieux. Iwachû a participé à l’exposition universelle de Shanghai en 2010. Les théières de l’entreprise ont littéralement conquis le cœur des visiteurs, qui se sont délectés d’un thé pu-erh spécialement préparé pour l’occasion, bien sûr, à l’aide d’une bouilloire Iwachû. Ils ont pu ainsi apprécier la saveur douce et délicate qu’elle confère à l’eau frémissante. Cet apport en fer est particulièrement apprécié des consommateurs soucieux de leur santé, contribuant ainsi encore un peu plus au succès du produit.

Les bouilloires à thé traditionnelles d’Iwachû sont toutes, sans aucune exception, fabriquées à la main par des artisans d’expérience. Cependant, avec une production d’à peine 160 pièces par mois, même si l’entreprise peut à peine répondre à la demande, Iwachû ne souhaite par délaisser la qualité pour augmenter sa production. C’est ce même dévouement inchangé qui a permis à la marque de consolider sa présence en Chine.

Actuellement, sa production d’articles traditionnels ne représente plus que 30 % de ce qu’elle était dans les années 1990, son âge d’or. La situation n’est donc pas au beau fixe mais Iwachû continue de se développer au Japon et en dehors, mêlant toujours avec habileté tradition et innovation. Pourquoi pas aller vérifier de vos yeux le succès de cette entreprise ?

Pas moins de 3000 points composent ce motif arare (grêle en français) qui orne cette bouilloire. Vous pourrez les voir de vos propres yeux à l’œuvre au Iwachû Tekkikan (©Iwachû).
Pas moins de 3 000 points composent ce motif arare (« grêle » en français) qui orne cette bouilloire. Vous pourrez les voir de vos propres yeux à l’œuvre au musée Iwachû Tekkikan (©Iwachû).

Musée Iwachû Tekkikan

  • Adresse : 2-23-9 Minami-Senboku, Morioka-shi, Iwate-ken
  • Accès : 15 minutes en taxi de la gare JR Morioka
  • Horaires : 10 h à 17 h
  • Fermé le mardi et pour les fêtes du Nouvel An
  • Entrée gratuite

(Texte de Shoepress. Photo de titre ©Iwachû)