Les trucs du métier

L’impression typographique japonaise a commencé avec l’introduction de la technologie européenne à la fin du XIXe siècle. Shûeisha, le prédécesseur de DNP, a été fondée en 1876. L’année suivante, l’entreprise a publié le premier livre relié à l’occidentale fait au Japon en impression typographique. Plus d’un siècle plus tard, sa police Shûetai, conçue en 1912, reste d’un usage courant en japonais. Shûeisha est fière de sa réussite en matière d’innovation technologique, mais Sasaki déclare que la méthode de sélection des caractères n’a pas changé depuis la fondation de l’entreprise, ce qui est révélateur des difficultés qui vont de pair avec le japonais.

Les techniciens du bunsen ont mis au point des méthodes qui favorisent une sélection rapide et précise des caractères. Les kana fréquemment utilisés sont rangés à portée de main au centre de l’étagère supérieure, tandis que les kanji moins courants sont placés aux extrémités de l’étagère inférieure. Les combinaisons récurrentes telles que les noms propres ou les associations de kanji sont pré-assemblées pour améliorer l’efficacité.

Les travailleurs expérimentés peuvent saisir un caractère en une ou deux secondes, soit quelque 1 500 caractères en une heure. À ce rythme, la sélection des caractères nécessaires à la composition d’un livre de poche de 200 pages, qui comporte environ 100 000 caractères, prend 67 heures.

Sur les étagères de caractères, se distingue par le simple nombre des pièces.
Sur les étagères de caractères, se distingue par le simple nombre des pièces.
Police avec des combinaisons communes utilisée jusqu'en 2003. Parmi les combinaisons figure le nom de Philippe Troussier, ancien entraîneur de l'équipe japonaise de football masculin.
Police avec des combinaisons communes utilisée jusqu’en 2003. Parmi les combinaisons figure le nom de Philippe Troussier, ancien entraîneur de l’équipe japonaise de football masculin.

Après la sélection d’un certain nombre de caractères, l’étape suivante est la composition. Il s’agit d’ajouter la ponctuation et les rubi indiquant la prononciation des kanji moins communs, ainsi que l’espacement permettant de s’adapter au nombre spécifié de lignes et de colonnes.

Après une série d’essais, un rédacteur donne des instructions pour procéder aux corrections, telles que remplacements de caractères ou ajustements des marges, avant l’impression finale.

Pupitre de composition
Pupitre de composition
Procéder à des changements au cours du processus d'édition exige un usage méticuleux des pinces pour éviter de semer le désordre dans le texte adjacent.
Procéder à des changements au cours du processus d’édition exige un usage méticuleux des pinces pour éviter de semer le désordre dans le texte adjacent.

Hors du courant dominant

L’essor de la composition informatique dans les années 1970 a mis l’impression typographique, très gourmande en temps et en travail, à l’écart du courant dominant. À la fin des années 1990, l’avancée rapide de la publication assistée par ordinateur a encore accéléré sa mise au rancart.

Avec la publication assistée par ordinateur, on peut tout faire à l’écran, si bien que les imprimeurs ont peu d’occasions d’avoir affaire au texte. Étant donné qu’une dactylo rapide peut taper 5 000 caractères à l’heure, les compétences des techniciens du bunsen ne sont plus à l’ordre du jour.

Le musée expose des revues et des livres précieux. On voit ici un numéro du magazine littéraire Hototogisu publié en 1905, dans lequel figure le premier épisode de Je suis un chat, de Natsume Sôseki.
Le musée expose des revues et des livres précieux. On voit ici un numéro du magazine littéraire Hototogisu publié en 1905, dans lequel figure le premier épisode de Je suis un chat, de Natsume Sôseki.

En dépit des avancées techniques, un certain nombre d’éditeurs s’en sont obstinément tenus à l’impression typographique jusqu’en 2003. Aujourd’hui, il reste une poignée d’entreprises qui, pour des raisons esthétiques, continuent de privilégier l’impression typographique pour les livres. Les textes imprimés de cette façon donnent à ressentir la touche personnelle de l’artisan, visible par exemple dans la boursouflure des caractères due à l’épaisseur de l’encre et dans l’effet produit par le léger flou du contour. Toutefois, dit Sasaki, « même si la saisie des caractères ne se fait plus manuellement, et que la tâche est de plus en plus confiée aux ordinateurs, les typographes continuent de faire de leur mieux pour mettre leurs compétences techniques et leur enthousiame au service de la création de livres. »

Outre les visites organisées d’observation du bunsen et de la composition, l’Imprimerie typographique Ichigaya propose une exposition ludique associant les étagères en réel et une technologie vidéo qui demande aux joueurs de choisir eux-mêmes les caractères. Le musée invite les visiteurs à se soustraire brièvement au monde des ordinateurs et des smartphones pour s’informer sur l’histoire de la technologie de l’impression et apprécier la richesse de la langue écrite japonaise.

Les visiteurs peuvent s'initier au rôle de technicien du bunsen en sélectionnant des caractères virtuels affichés sur des panneaux de verre.
Les visiteurs peuvent s’initier au rôle de technicien du bunsen en sélectionnant des caractères virtuels affichés sur des panneaux de verre.
Au premier étage du musée se trouve une boutique de livres et de revues, des ateliers pratiques et des expositions traitant de l'impression et de la fabrication des livres.
Au premier étage du musée se trouve une boutique de livres et de revues, des ateliers pratiques et des expositions traitant de l’impression et de la fabrication des livres.

Imprimerie typographique Ichigaya

  • Adresse : 1-1-1 Ichigaya Kagachô, Shinjuku-ku, Tokyo
  • Horaires : en semaine, 11 h 30 à 20 h 00 ; week-ends et jours fériés , 10 h 00 à 18 h 00
  • Fermés le lundi et mardi (ouvert en cas de jour férié)
  • Entrée gratuite (sur réservation)

(Reportage et texte de Nippon.com. Photos : Hanai Tomoko)