Difficile de formuler des prédictions
Le professeur Iwata Kentarô, du département des maladies infectieuses de l’Hôpital universitaire de Kobe, est un spécialiste qui a exercé dans une clinique de Pékin. « Le moment crucial est arrivé, qui décidera si l’infection va se propager ou être enrayée », dit-il.
Si l’on parvient à empêcher la contamination par les gens qui entrent au Japon ou par leur entourage, il n’y aura pas d’épidémie, observe le professeur. « Mais si le nombre des patients augmente au point de se chiffrer en douzaines ou en centaines, les collectivités où ils vivent vont connaître le même sort que Wuhan aujourd’hui. » La tâche à laquelle il faut s’atteler immédiatement consiste donc à empêcher l’augmentation du nombre des personnes contaminées.
Lors d’une réunion de représentants de ministères et d’agences de l’État, quelqu’un a suggéré que tous les rapatriés de Wuhan soient mis en quarantaine pendant un certain temps. Mais le ministre de la Santé, du Travail et de l’Aide sociale a déclaré qu’il serait illégal d’imposer une quarantaine à des personnes dénuées de symptômes, et que cela poserait un problème de droits humains. Le ministre a demandé aux rapatriés dénués de symptômes de prendre tous les jours leur température et de s’abstenir de sortir de chez eux pendant deux semaines, de façon à être sûr qu’ils sont en bonne santé à l’issue de la période d’incubation du virus.
« Globalement, la période d’observation de 14 jours établie par les autorités japonaises est une bonne chose. », dit le professeur Iwata. « Les gens doivent se comporter normalement à l’égard des rapatriés. » Il souligne qu’aucune mesure ou précaution inhabituelle ne s’impose.
Lorsqu’on lui demande si l’on parviendra à juguler l’infection au Japon avant l’été, le professeur répond : « Il est difficile de formuler une quelconque prédiction. L’épidémie de SRAS est arrivée à son terme, mais le virus de la grippe porcine de 2009 est toujours là plus d’une décennie après son apparition. » Tant qu’il restera autant de facteurs inconnus, les spécialistes ne pourront pas se prononcer sur le virus Corona de Wuhan, et leur tâche consiste à collecter davantage d’informations.
Éviter un débordement d’inquiétude
Le professeur Iwata était à Pékin en 2003, au plus fort de l’épidémie de SRAS. « Tous les patients ayant de la fièvre étaient potentiellement atteints du SRAS, ils étaient donc extrêmement tendus lorsque je les ai examinés. Mais, malgré les milliers de personnes contaminées par le SRAS, la vie quotidienne de la ville restait la même. La Chine est un pays immense et Pékin une grande ville. »
Pour empêcher la contamination, le professeur Iwata donne le conseil suivant : « Cela semble simple et évident, mais veillez à dormir suffisamment et à bien vous reposer, évitez de travailler excessivement et d’être trop tendus, soyez attentifs à l’équilibre nutritionnel de vos repas. » Respecter l’hygiène en se lavant les mains avec du savon, faire des gargarismes et éviter de se toucher la bouche et le nez constituent aussi des mesures essentielles de précaution, comme pour toutes les maladies transmises par voie aérienne.
Pour le moment, aucun médicament contre le nouveau coronavirus n’a été mis au point, mais il ne suffit pas de croiser dans la rue une personne contaminée pour attraper le virus. La contamination exige un contact prolongé, ce qui fait dire au professeur Iwata : « Il est important de ne pas se laisser déborder par l’inquiétude et de mener chaque jour une vie saine. »
(Photo de titre : un patient soupçonné d’être contaminé par le nouveau coronavirus est emmené vers une ambulance à Wuhan, en Chine, le 30 janvier 2020. © Hector Retamal, AFP/Aflo)

