Yamamoto Atsushi : l’athlète qui rêve d’un record de saut
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——Vous possédez un diplôme d’État d’orthoprothésiste, un métier mal connu. En quoi consiste ce travail ? Y.A. Il s’agit principalement de fabriquer les emboîtures de prothèses. L’emboîture est la partie en contact avec le membre ; dans le cas d’une prothèse de jambe, elle soutient le poids et transmet la force motrice à la prothèse. C’est l’un des composants de la prothèse. On fabrique aussi des prothèses de main, mais le produit le plus demandé, c’est le corset pour hernies et pour les maux de reins. Ces derniers temps, on fait aussi des orthèses plantaires pour soulager les maux de pied. Le travail de l’orthoprothésiste est de fabriquer des prothèses qui remplacent un membre disparu, ainsi que des orthèses capables de compenser une fonction déficitaire ou de protéger un membre.
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——Les athlètes orthoprothésistes sont-ils nombreux ? Y.A. Au Japon, nous ne sommes qu’une poignée. À ma connaissance, il y a Hineno Shôta, un autre athlète de saut en longueur, et moi. Avant, il y avait aussi Kotani Kenji, un athlète de saut en longueur qui a participé aux Jeux paralympiques d’Athènes, mais à l’heure actuelle, je crois que je suis le seul membre de l’équipe nationale à posséder ce diplôme. Il n’y a pas besoin d’être diplômé pour régler soi-même sa prothèse. Mais pour comprendre la théorie derrière, il faut suivre un cursus spécialisé. Ces connaissances me permettent de faire des essais, je tiens compte de l’angle auquel ma prothèse frappe le sol, je cherche la position qui me convient le mieux. J’y prends plaisir, et je pense que c’est un plus pour un athlète de savoir fabriquer et entretenir ses prothèses. La technologie évolue, mais l’esprit des gens, pas vraiment
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——Qu’en est-il des prothèses utilisées dans d’autres sports, par exemple en snowboard ? Y.A. Pour le snowboard, il est nécessaire de contrôler soi-même la prothèse. Elle est équipée d’un mécanisme qui soutient fermement la jambe quand on appuie pour plier le genou, et qui se remet en place sans tarder quand on relâche la pression. La cheville aussi est particulière car on effectue de brusques mouvements rotatifs ; on utilise une combinaison de systèmes à pression pneumatique et hydraulique pour adroitement relâcher la pression. Je joue également au golf ; dans ce cas, j’utilise une prothèse qui autorise les mouvements rotatifs, pour le swing. Il y a aussi des prothèses spéciales pour le cyclisme, par exemple.
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——Justement, depuis 2010, le débat enfle sur le lien entre prothèses et nouveaux records. Par exemple, l’athlète allemand Markus Rehm a remporté les championnats nationaux de 2014 en battant le record établi par des athlètes non amputés. On a alors parlé de « dopage technique », et on se souvient que la décision a été prise de ne pas faire concourir ensemble les athlètes handisport et les athlètes valides. Pensez-vous que le débat sur cette question progresse ? Y.A. Absolument pas. Bien au contraire. Le débat s’est enlisé. L’athlète sud-africain Oscar Pistorius, par exemple, a concouru avec des athlètes valides aux Jeux olympiques de Londres, et il n’a pas gagné. Cela n’a pas posé de problème à l’époque. Dans le même temps, Markus Rehm obtenait déjà des résultats susceptibles de le faire gagner face aux meilleurs athlètes olympiques. Du coup, il n’était pas question de le laisser participer. C’est, me semble-t-il, parce que dans l’esprit des gens, on considère encore que les athlètes handisport ne doivent pas être plus forts que les autres. Parlons davantage du handisport
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——Qu’avez-vous ressenti quand vous avez appris que Markus Rehm n’était pas autorisé à participer aux Jeux de Rio ? Y.A. J’ai été malheureux pour lui. Il est normal qu’un athlète veuille entrer en compétition avec plus fort que lui ; dans sa situation, je l’aurais certainement souhaité, moi aussi. Mais on peut se réjouir du fait que cet incident a attiré l’attention sur les athlètes handisport, cela a fait débat. J’ai entendu beaucoup d’opinions variées, les gens se demandaient si les prothèses apportaient vraiment un plus, ou ils trouvaient que les athlètes handisport aussi devraient pouvoir participer aux Jeux olympiques. Malgré tout, pour l’instant, je pense que l’heure n’est pas encore venue pour les athlètes équipés d’une prothèse de jambe de courir sur le même terrain que les athlètes valides. C’est encore difficile aux Jeux olympiques ; il faut commencer par organiser davantage de championnats qui mêlent les deux catégories. C’est de plus en plus fréquent en Allemagne et en Grande-Bretagne.
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——Beaucoup de gens semblent considérer que l’apparition de nombreux athlètes comme Markus Rehm jouera en faveur du handisport. Qu’en pensez-vous ? Y.A. Je suis du même avis. Il faut qu’on parle davantage du handisport. Battre des records olympiques attire l’attention, cela stimulerait l’intérêt pour les Jeux paralympiques. Mais les choses ont beaucoup changé par rapport à mes débuts. À l’époque, personne ne connaissait les Jeux paralympiques. Aujourd’hui, quand je vais parler dans une école et que je pose la question, plus de 90 % des enfants savent de quoi il s’agit. Les Jeux paralympiques ont gagné en notoriété, c’est indéniable. Mais quand on leur demande des noms d’athlètes paralympiques, les enfants n’en ont aucun à citer. La prochaine étape, c’est de susciter l’intérêt vis-à-vis des sportifs eux-mêmes. Dans le milieu du handisport, tout le monde me connaît. Mais le handisport, c’est moins de 0,1% de la société dans son ensemble ; ce qui veut dire que 99,9 % des gens ignorent mon nom. J’aimerais bien qu’on gagne 1 ou 2 % de notoriété.Photos : Ninagawa MikaInterview et texte : Zoshigaya Senichi(Traduction d’un extrait d’un article paru dans GO Journal)
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